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    Au carrefour de la rue Saint-Dominique (numéro 123) et de l'avenue Bosquet, dans le VIIe arrondissement de Paris, je vous invite à découvrir l'une des plus prestigieuses demeures « Belle-Époque » de la capitale.

     

     L'histoire des lieux commence à partir de 1866 lorsque la comtesse Amédée de Béhague (1807-1885), fit construire un « Grand Hôtel » de style classique, par l'architecte Gabriel-Hippolyte Destailleur (1822-1893).

     

     En 1868, le fils d'Amédée, le comte Octave de Béhague (1827-1879) fit bâtir à proximité de ce « Grand Hôtel » un « Petit Hôtel » et, quelques années plus tard, de la réunion de ces deux édifices naquit un lieu d'une impressionnante beauté, appelé « la Byzance du VIIe arrondissement ».

     

     

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    Ce palais parisien fut aménagé, entre 1893 et 1904, par Walter-André Destailleur (1867-1940), fils de Gabriel-Hippolyte Destailleur, à l'initiative de Martine Marie Pol de Béhague (1869-1939), comtesse de Béarn et fille du comte Octave.

     

     

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    Portrait de Martine de Béhague, l'auteur est inconnu.

     

    La Comtesse était un sacré personnage ! Collectionneuse, mécène, voyageuse accomplie, douée pour l'écriture et le théâtre, elle accueillit dans sa demeure des invités prestigieux à l'instar de Verlaine, Gabriele D'Annunzio, Isadora Duncan, Marcel Proust, Auguste Rodin ou encore Paul Valéry qui devint son bibliothécaire !

     

     

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    Après sa mort en 1939, l'État Roumain fit l'acquisition de l'hôtel pour y transférer son ambassade qui était jusque là située avenue de Wagram. La « Byzance » fut alors transformée en forteresse et rebaptisée « Ambassade de la Honte » pendant plusieurs décennies. On y séquestra, on y tortura, on y assassina... le sujet n'est pas le bienvenu dans le pays dit des Droits de l'Homme. Il est très difficile voire impossible de trouver des documents associés à ce qui s'est passé.

     

    En décembre 1989, la Révolution Roumaine conduisit à la chute du Communisme et à l'exécution des époux Ceausescu. L'hôtel fut « nettoyé de ses pièces sinistres » et quelques temps plus tard, il rouvrit ses portes au public, presque comme si de rien n'était. Il est toujours considéré comme l'un des plus remarquables hôtels particuliers de Paris.

     

     

    Au fil de la demeure...

     

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    On y pénètre par une double porte cochère et une imposante façade en belle pierre de taille, ornée de sculptures à l'aspect fantastique, se dresse devant nous.

     

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     Visages de femmes ornés de grandes ailes, démons séducteurs qui protègent les secrets du lieu... Ne sommes-nous pas à l'ambassade de Roumanie ?

     

     

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     Nous sommes accueillis -très gentiment- par les agents dans le vestibule où les célébrités mondaines se donnaient rendez-vous pour festoyer sur les « terres urbaines » de la Comtesse.

     

     

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    Baignant dans une lumière douce, le décor nous dévoile son élégante qualité : un portrait féminin dont l'auteur n'est pas mentionné et une toile anonyme du XVIIe siècle : la Mise au Tombeau du Christ.

     

     

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     La Mise au Tombeau. (Il n'était pas facile de prendre des photos en raison de l'éclairage et l'usage du flash était, cela va de soit, interdit.)

     

     

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     Le vestibule conduit au hall d'honneur qui s'ouvre sur le jardin, lieu romantique, agrémenté d'une colonnade ionique qui hélas ne se visite pas.

     

     

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     Un grand miroir devant lequel se dresse le Rapt de Ganymède, œuvre en marbre anonyme du XVIIIe siècle, donne à la pièce un majestueux effet de profondeur.

     

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     Les dieux choisirent Ganymède, le plus bel adolescent vivant sur terre, pour être l'échanson de Zeus. Le maître de l'Olympe, qui en tomba éperdument amoureux, lui offrit la jeunesse éternelle et se transforma en aigle pour l'enlever dans les airs.

     

    Ganymède est associé à la constellation du Verseau.

     

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    Le hall mène à l'Escalier d'Honneur, merveille de marbre polychrome, de dorures et de fer forgé qui s'inspire de l'Escalier de la Reine à Versailles, bijou datant de 1680.

     

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    J'ai fait de mon mieux pour photographier cet espace mais sans le flash, j'ai surtout obtenu des photos floues. Elles vous donneront quand même une idée de la magnificence des lieux.

     

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    J'en ai réussi quelques unes et j'ai collecté les autres sur le net. Si quelqu'un souhaite que je retire sa photo, il suffit de me le demander.

     

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    Image trouvée sur Pinterest, je n'en connais pas l'auteur.

     

     

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    Photo www.parisdeuxième.com

     

     

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    Au sommet de l'escalier, se dévoile une imposante sculpture : le Temps emportant l'Amour, haut-relief de quatre mètres de hauteur, réalisé en 1898, par le sculpteur Jean Dampt (1854-1945).

     

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    A proximité de l'impressionnante sculpture, le sol et le mobilier sont, comme dans tout le reste de la demeure, magnifiques...

     

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    Nous évoluons sur ce gracieux damier et, quelques mètres plus loin, la Salle de Bal, aménagée en 1897, nous accueille dans son écrin de lambris vert et or datant du XVIIIe siècle.

     

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    Ces panneaux de style néo-rocaille ont été achetés dans différentes ventes aux enchères et soigneusement assemblés pour offrir aux visiteurs une cohérence esthétique. Les grandes portes viennent de résidences royales mais on ignore d'où précisément.

     

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    Les dessus de porte sont peints dans le style de Jan Brueghel l'Ancien, dit Brueghel de Velours (1568-1625), peintre baroque flamand et l'ensemble fait référence à l'une des merveilles du Marais : l'Hôtel de Soubise où se situent les Archives Nationales.

     

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    Boiseries d'apparat ornées de motifs d'inspiration rocaille : coquilles, entrelacs, oves, masques, palmettes, rinceaux, grappes de raisin, trophées de musique et d'art...

     

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    En quittant la Salle de Bal, nous traversons un petit salon octogone aux boiseries trop fragiles pour être photographiées et nous entrons dans la Salle à manger, parée de marbres polychromes et de savants trompe-l’œil.

     

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    On y découvre une niche dans laquelle se love une fontaine.

     

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    Fontaine dont la double vasque est dominée par un masque baroque, celui du dieu Neptune.

     

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    Au-dessus de la fontaine, on admire un relief inspiré de la sculpture versaillaise du Grand Siècle.

     

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    Décor bucolique agrémenté de nymphes, un travail remarquable de finesse.

     

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    Face à la fontaine, les visiteurs restent bouche-bée devant l'apparition d'un chef d’œuvre inestimable : La Naissance de Vénus de François Boucher (1703-1770), peintre emblématique des élégances et de la sensualité de l'art au XVIII siècle.

     

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    L’œuvre datée de 1731 nous ravit par l'expression d'une féminité voluptueuse. Dans cet univers rocaille où la nacre des chairs palpite sous des glacis délicats, la femme est sublimée par la touche amoureuse de l'artiste, « pourvoyeur en plaisir » au cours des fêtes privées du roi Louis XV.

     

    Pour la petite histoire, trois peintres m'ont « incitée » à entreprendre des études de l'art : Antoine Watteau, François Boucher et Jean-Honoré Fragonard. J'ai étudié leurs œuvres pendant deux décennies et je m'émerveille dès que mon regard se pose sur elles, comme si c'était la première fois...

     

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    La suite de la visite nous conduit vers le théâtre byzantin, haut lieu de culture musicale. Le lieu est extrêmement sombre et très difficile à photographier. J'ai donc collecté une photo sur le site de l'Institut Roumain.

     

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    Institut Roumain.fr

     

    Conçu par Gustave Gerhardt, Grand Prix de Rome d'Architecture, pour ressembler à une basilique byzantine, ce théâtre a accueilli des invités prestigieux à l'instar de la danseuse Isadora Duncan ou de Gabriel Fauré qui y dirigea son Requiem. Malheureusement modifié en 1954, il est aujourd'hui très abîmé et dans l'attente d'une restauration. Quarante millions d'euros sont vraisemblablement nécessaires pour lui redonner son lustre d'antan.

     

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    Après le théâtre, nous devons nous extraire de notre rêverie. Nous n'accédons pas au deuxième étage où se situent les bureaux de l'ambassadeur. Nous n'apercevons que de loin un somptueux escalier (somptueux... je pèse mes mots !) habillé de boiseries de chêne datant du XVIIIe siècle. Les photos sont interdites.

     

    Un petit ascenseur a été aménagé au pied de l'escalier. Il conduit à la bibliothèque de la Comtesse (impossible à visiter), ovale et précieuse à l'instar d'un boudoir. La Comtesse y conservait des trésors : manuscrits médiévaux, brouillons d'ouvrages prestigieux, premières éditions dédicacées et son bibliothécaire, comme je l'ai écrit plus haut, n'était autre que « l'immense » écrivain Paul Valéry (1871-1945).

     

    J'ai zoomé discrètement sur l'une des boiseries, le résultat est un peu flou mais on se fait une idée...

     

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    L'heure est venue de traverser un long couloir car un escalier nous attend pour nous conduire, de manière feutrée, vers la sortie.

     

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    En espérant vous avoir fait plaisir avec cette exploration de l'une des plus prestigieuses demeures de Paris, je vous souhaite de très belles journées de printemps. Merci de votre fidélité et une nouvelle fois, merci de votre soutien lorsque mon blog n'était plus accessible. A bientôt, gros bisous !

    Plume

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    Chers aminautes, je suis contente, j'ai retrouvé mon blog en ce premier jour du Printemps. Merci à Stéphanie d'Eklablog pour sa gentillesse et sa réactivité. Pendant plusieurs jours, Ma Plume Fée dans Paris était dans les limbes du net... J'ai bien cru avoir perdu cet espace que j'aime tant et je veux remercier ceux d'entre vous qui m'ont soutenue pendant ces turbulences.

     

    J'ai beaucoup angoissé alors je « digère » en douceur et en attendant de publier un nouvel article, je vous souhaite un magnifique Printemps ! Gros bisous et encore merci pour votre réconfort...

     

    A très bientôt !

     

    Cendrine

     

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    Plume

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    Ce visage est celui de Clara Zetkin (1857-1933), enseignante et journaliste allemande qui fut l'instigatrice de la Journée Internationale des Femmes. Farouchement rebelle à toute forme d'oppression envers les femmes mais ne reniant certainement pas la présence des hommes à leurs côtés, Clara Zetkin fonda en 1890 la célèbre revue Die Gleichheit : L’égalité.

     

    Elle mena des actions révolutionnaires qui marquèrent profondément nos sociétés.

     

    A Copenhague en 1910, à l'occasion de la 2ème conférence internationale des femmes socialistes, elle proposa d’organiser, devant une centaine de participantes originaires de dix sept pays, une « Journée internationale des femmes » associée à la bataille du droit de vote.

     

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    Copenhague, 1910... Sur cette photographie du VIIIe Congrès de l'Internationale Socialiste, nous apercevons en position quasi centrale, au premier plan, Clara Zetkin qui tient la main d'Alexandra Kollontaï (1872-1952).

     

    Militante féministe, socialiste et communiste, Alexandra Kollontaï fut la première femme à faire partie d'un gouvernement. Elle fut aussi la première ambassadrice de l'Histoire et déploya ses talents en Suède, en Norvège et au Mexique.

     

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    Le 8 mars 1914, les femmes réclamèrent le droit de vote en Allemagne et elles réussirent à l’obtenir, le 12 novembre 1918. En France, elles durent attendre le 21 avril 1944 pour qu'une ordonnance du Comité français de la Libération nationale, signée par Charles de Gaulle, leur accorde enfin ce droit.

     

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    En 1915, Clara Zetkin connut la prison à cause de ses idées pacifistes et en 1916, elle joua avec la célèbre militante féministe Rosa Luxemburg (1871-1919), un rôle déterminant dans la création du parti communiste allemand.

     

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    Clara Zetkin et Rosa Luxemburg

     

    Élue au Reichstag en 1920, Clara Zetkin fut témoin de la montée du Nazisme en Allemagne et en URSS, l’ascension de Staline la fit s'éloigner pendant un temps de l’Internationale communiste.

     

    Le 30 août 1932, âgée de 75 ans, elle prononça, en tant que « doyenne du Reichstag », le discours d’inauguration du Parlement où les « chemises noires » étaient en nombre dominant. Fidèle à ses convictions rebelles, elle appela à lutter, devant les principaux intéressés, contre les glaçantes idées du Nazisme.

     

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    Image Secoursrouge.org

     

    Ce fut sa dernière intervention en public. Exilée à Moscou, elle y trouva la mort, le 20 juin 1933, dans des conditions qui n'ont jamais élucidées. Sa tombe est située sur la place Rouge, le long d'un mur qui borde le Kremlin.

     

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    Tout au long de sa vie, cette dame a dénoncé la violence du capitalisme et l’oppression des femmes dans tous les milieux. Elle a défendu les droits des femmes au travail, milité pour l’éducation mixte et laïque, l'équité des salaires entre les hommes et les femmes, le droit des femmes à s'impliquer en politique. Elle a lutté contre les dérives du mariage et la notion de viol conjugal. Elle a milité pour le libre choix des partenaires amoureux qu'ils soient du même sexe ou du sexe opposé, le droit des femmes à disposer de leur corps et à affirmer leur sexualité, pour le divorce par consentement mutuel, l’accès à la contraception et la dépénalisation de l’avortement. Dans de nombreux discours, elle a insisté sur l'importance de ne pas élever différemment filles et garçons, les garçons devant participer, tout comme les filles, aux tâches ménagères.

     

    Suite à son combat, trois dates majeures sont associées à la Journée des Femmes...

     

    Le 8 mars 1921, par décret de Lénine, chaque journée du 8 mars fut considérée comme celle des femmes. Le 8 mars 1977, les Nations Unies l'ont reconnue et le 8 mars 1982, elle a été officialisée en France. Une journée symboliquement forte mais qui ne doit pas nous faire oublier qu'il existe encore de nombreux combats à mener. Il faut se battre pour que la culture finisse par triompher là où elle est menacée, pour la véritable égalité des salaires, pour l'intégrité du corps féminin dans les pays où l'on perçoit la femme comme une vulgaire marchandise. Continuer à lutter pour que, partout dans le monde, les petites filles qui cherchent à s'instruire puissent le faire sans risquer d'être blessées ou pire...

    Ne pas baisser la tête devant l'adversité, ne pas accepter d'être manipulées dans quelque domaine que ce soit...

     

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    Pour les personnes qui désirent le lire, voici le discours prononcé par Clara Zetkin devant « l'assemblée des chemises noires »... Il entre en résonance avec bien des aspects de notre époque et nous dit combien il est essentiel d'aller voter, en son âme et conscience...

     

    « Mesdames et Messieurs,

    Le Reichstag se réunit dans une situation où la crise du capitalisme... Que dis-je son déclin accable les très larges masses laborieuses d’Allemagne et leur inflige les souffrances les plus épouvantables. Les millions de chômeurs que les maigres allocations dont on leur fait (ou dont on ne leur fait pas) l’aumône n’empêchent pas de mourir de faim seront rejoints cet automne et cet hiver par des millions d’autres. La famine, qui est aussi le sort de tous ceux qui ont besoin d’aide sociale, s’aggrave. Quant aux travailleurs qui ont encore un emploi, les bas salaires les empêchent de renouveler leur force nerveuse et musculaire usée au maximum par la rationalisation et, a fortiori, de satisfaire le moindre besoin culturel. En se poursuivant, le démantèlement des conventions collectives et des organes de conciliation va faire baisser encore les salaires de misère. Un nombre croissant d’artisans et de petits industriels, de petits et moyens paysans sombrent dans le désespoir et la ruine. Le déclin économique, les coupes sombres dans les dépenses culturelles réduisent à néant les bases économiques de la création intellectuelle et ôtent de plus en plus aux créateurs la possibilité de mettre en œuvre leurs forces et leurs connaissances.

    L’incendie allumé en Orient que l’Occident attise de toutes ses forces dans l’espoir qu’un océan de flammes engloutisse l’Union soviétique et la construction du socialisme, pourrait bien attirer sur l’Allemagne aussi une abominable terreur, susceptible d’éclipser l’œuvre de mort et de destruction de la dernière guerre mondiale. Le pouvoir politique en Allemagne est aujourd’hui aux mains d’un cabinet présidentiel formé sans l’assentiment du Reichstag, composé des hommes de main du grand capital monopoliste et des grands agrariens et dont les généraux de la Reichswehr constituent l’élément moteur. Malgré ses pouvoirs discrétionnaires, le cabinet présidentiel a échoué devant tous les problèmes actuels de politique intérieure et de politique étrangère. Sa politique intérieure est marquée, comme celle des précédents gouvernements, par la pratique des décrets-lois, lois scélérates qui décrètent la misère et augmentent celle qui règne déjà. En même temps, ce cabinet foule aux pieds le droit des masses à lutter contre la misère. Ceux qui ont besoin de l’aide sociale et ceux qui y ont droit, ce sont, pour le gouvernement, les gros agrariens endettés, les industriels faillis, les requins de la finance, les armateurs, les spéculateurs et trafiquants sans scrupules. Toute sa politique fiscale, douanière, commerciale, consiste à prendre aux larges couches du peuple travailleur pour donner à de petits groupes de profiteurs et à aggraver la crise en restreignant davantage la consommation, les importations et les exportations. Sa politique étrangère aussi est placée sous le signe du mépris pour les intérêts des travailleurs. Déterminée par les appétits impérialistes, elle conduit l’Allemagne à dépendre de plus en plus des grandes puissances du Traité de Versailles, malgré les hésitations qui la font louvoyer entre les coups de gueule des traîneurs de sabres et les bassesses les plus plates, et elle compromet ses relations avec l’Union soviétique, le seul État qui, par sa politique de paix sincère et son essor économique, puisse offrir aux travailleurs allemands un véritable soutien.

    Le solde du cabinet présidentiel est déjà lourdement débiteur depuis les meurtres des dernières semaines, dont il porte l’entière responsabilité en ayant levé l’interdiction de porter l’uniforme prononcée contre les S.A. nationaux-socialistes et en favorisant ouvertement ces troupes fascistes de guerre civile. C’est en vain qu’il cherche à faire oublier sa culpabilité politique et morale en se chamaillant avec ses alliés sur la répartition du pouvoir dans l’État ; le sang versé en fait pour toujours un complice des assassins fascistes. L’impuissance du Reichstag et la toute puissance du cabinet présidentiel sont l’expression de la décadence du libéralisme bourgeois, qui accompagne nécessairement l’effondrement du mode de production capitaliste. Cette décadence se retrouve entièrement dans la social-démocratie réformiste qui se place en théorie et en pratique sur le terrain pourri de l’ordre social bourgeois.

    La politique du gouvernement Papen-Schleicher n’est rien autre que la continuation ouverte de la politique du gouvernement Brüning toléré par les sociaux-démocrates, précédée elle-même par la politique de coalition de la social-démocratie qui lui avait ouvert la voie. La politique du « moindre mal » confirmait les forces réactionnaires dans la conscience qu’elles avaient de leur puissance et ne pouvait, et ne peut encore, manquer d’engendrer le pire de tous les maux : habituer les masses à la passivité. On leur demande de renoncer à mettre en jeu la puissance dont elles disposent à l’extérieur du parlement. De cette façon, c’est le rôle du parlement dans la lutte de classes du prolétariat que l’on réduit aussi. Il est possible aujourd’hui dans certaines limites d’utiliser le parlement pour la lutte des travailleurs, mais uniquement s’il s’appuie sur de puissantes actions des masses à l’extérieur de ses murs. Avant que le Reichstag ne puisse prendre position sur des problèmes particuliers de l’heure, il faut qu’il ait compris quelle est sa tâche essentielle, et qu’il l’ait accomplie : il faut qu’il renverse le gouvernement qui tente, au mépris de la Constitution, de mettre le parlement complètement à l’écart.

    Le Reichstag pourrait aussi saisir la Haute Cour de Leipzig d’une plainte contre le Président du Reich et les Ministres pour viol de la Constitution et pour les nouveaux viols de la Constitution qu’ils projettent. Mais il est vrai qu’une plainte devant cette haute instance reviendrait à demander à Lucifer de condamner Belzébuth. Bien entendu, ce n’est pas un vote du parlement qui peut briser le pouvoir d’un gouvernement qui s’appuie sur l’armée et sur tous les autres moyens dont dispose le pouvoir d’État bourgeois, sur la terreur exercée par les fascistes, la lâcheté du libéralisme bourgeois et la passivité d’une grande partie du prolétariat, des travailleurs. Le renversement du gouvernement au parlement peut seulement donner le signal de la levée en masse des travailleurs à l’extérieur du parlement. Et ceci afin de jeter dans la bataille tout le poids économique et social des masses, et aussi toute la force de leur nombre.

    Dans cette bataille, il s’agit d’abord et avant tout d’abattre le fascisme qui veut réduire à néant, par le fer et par le sang, les manifestations de classe des travailleurs, en sachant bien, comme nos ennemis, que la force du prolétariat ne dépend pas du nombre de sièges au parlement, mais qu’elle est ancrée dans ses organisations politiques, syndicales et culturelles. La Belgique montre aux travailleurs que la grève de masse conserve sa force, même à une époque de crise économique aiguë, à condition qu’en employant cette arme les masses soient résolues et prêtes à ne reculer devant aucun sacrifice, ni devant l’extension de la lutte, prêtes à répondre par la violence à la violence de leurs ennemis.

    Mais la démonstration de force du peuple travailleur à l’extérieur du parlement ne doit pas se limiter au renversement d’un gouvernement anticonstitutionnel ; elle doit aller au delà de cet objectif limité et se préparer à renverser l’État bourgeois et son fondement, l’économie bourgeoise. Toutes les tentatives d’atténuer, et a fortiori de résoudre la crise en restant sur le terrain de l’économie capitaliste ne peuvent qu’aggraver le mal. Les interventions de l’État ont échoué, car ce n’est pas l’État bourgeois qui tient l’économie, c’est au contraire l’économie qui tient l’État bourgeois. Entre les mains des possédants, l’appareil d’État ne saurait être utilisé qu’à leur avantage et au détriment des larges masses populaires qui travaillent, qui produisent et qui consomment. Une économie planifiée sur la base du capitalisme est une contradiction en soi. Les tentatives en ce sens ont toujours achoppé sur la propriété privée des moyens de production. La planification de l’économie n’est possible que si l’on abolit cette propriété privée. La seule et unique voie pour surmonter les crises économiques et écarter tous les dangers de guerre impérialiste, c’est la révolution prolétarienne qui supprime la propriété privée des moyens de production et garantit ainsi la possibilité de planifier l’économie. La meilleure preuve historique en est la Révolution russe. Elle a montré que les travailleurs ont la force de jeter à terre tous leurs ennemis, d’abattre les rapaces impérialistes en même temps que le capitalisme dans leur propre pays et de déchirer des traités d’asservissement comme celui de Versailles. L’État soviétique confirme aussi que les travailleurs ont la maturité nécessaire pour construire un nouvel ordre économique où le développement économique de la société peut aller sans ces crises désastreuses, précisément parce qu’a été supprimée la cause du mode de production anarchique, la propriété privée des moyens de production.

    La lutte des masses laborieuses contre la misère qui les opprime maintenant est en même temps une lutte pour leur libération totale. C’est lutter contre le capitalisme qui exploite et avilit, pour le socialisme qui délivre et libère. C’est vers ce but lumineux que les masses doivent tourner constamment leurs regards, sans se laisser troubler par des illusions sur la démocratie libératrice, et sans se laisser effrayer par la brutalité du capitalisme, qui cherche son salut dans un nouveau génocide universel, dans les assassinats fascistes et la guerre civile. La nécessité de l’heure, c’est le front uni de tous les travailleurs pour repousser le fascisme, et pour conserver ainsi aux esclaves de l’exploitation la force et la puissance de leurs organisations, et même tout simplement pour les conserver en vie.

    Devant cette impérieuse nécessité historique, toutes les opinions politiques, syndicales, religieuses, idéologiques, qui nous entravent et nous séparent, doivent passer au second plan. Tous ceux qui sont menacés, tous ceux qui souffrent, tous ceux qui aspirent à se libérer doivent faire partie du front uni contre le fascisme et ses fondés de pouvoir au gouvernement ! Tous les travailleurs doivent se retrouver et s’affirmer contre le fascisme, telle est la condition indispensable pour que se constitue le front uni contre la crise, les guerres impérialistes et leur cause, le mode de production capitaliste. Le soulèvement de millions de travailleurs, hommes et femmes, en Allemagne, contre la faim, la privation de leurs droits, les assassinats fascistes et les guerres impérialistes est une expression de l’indestructible communauté de destin de tous les travailleurs du monde.

    Cette communauté de destin internationale doit devenir une communauté de combat solidement forgée par les travailleurs partout où le capitalisme étend sa domination, une communauté de combat avec nos frères et nos sœurs soviétiques qui nous ont précédés dans l’assaut. Les grèves et les soulèvements dans les pays les plus divers sont des signes enflammés dont la lumière montre à ceux qui combattent en Allemagne qu’ils ne sont pas seuls. Partout les déshérités et les humiliés s’apprêtent à la conquête du pouvoir. Dans le front uni des travailleurs qui se forme aussi en Allemagne ne doivent pas être absentes les millions de femmes qui portent encore les chaînes de l’esclavage de leur sexe, et qui sont de ce fait livrées à l’esclavage de classe le plus dur. Et aux tout premiers rangs, c’est la jeunesse qui doit lutter, la jeunesse qui aspire à s’épanouir librement, mais qui n’a aujourd’hui d’autres perspectives que l’obéissance aveugle et l’exploitation dans les colonnes des esclaves du travail. Dans ce front uni ont aussi leur place tous les créateurs intellectuels dont le savoir et la volonté d’accroître le bien être et la culture de la société ne peuvent plus s’exercer aujourd’hui dans l’ordre bourgeois. Puissent-ils tous rejoindre le front uni de combat, les esclaves salariés, les corvéables du capital, tous ceux qui sont à la fois les supports et les victimes du capitalisme !

    En ma qualité de doyenne d’âge et dans l’espoir que, malgré mon invalidité actuelle, j’aurai encore le bonheur d’ouvrir, en qualité de doyenne d’âge, la première session du Congrès des Conseils de l’Allemagne soviétique, je déclare ouverte la session du Reichstag. »

     

    Imaginez-vous prononcer ces mots devant un parterre de nazis ! Respect, madame Zetkin !

     

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    Bonne fête à vous mesdames... Cette rose exprime mes pensées d'amitié... Soyons « célébrées » et n'oublions pas les hommes de nos vies, ceux qui savent être présents, sensibles, complices et profondément amoureux ! Nos amis masculins également... Merci de votre fidélité, grosses bises et à bientôt...

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    Après vous avoir fait découvrir ou redécouvrir l'histoire de la fontaine Médicis, je voulais vous parler des grands platanes qui bordent son bassin. Choyés par les jardiniers du Sénat et très appréciés des visiteurs pour leur ombrage -quand la saison s'y prête-, ils apparaissent comme des gardiens de la mémoire des lieux.

     

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    Plantés en 1810, ils soulignaient le tracé d'une grande allée menant à la fontaine mais rappelez-vous, en 1862 (voir « les amants de la fontaine Médicis »), la création de la rue de Médicis (rue longeant les grilles du jardin pour rejoindre le boulevard Saint-Michel) se fit sur une partie conséquente du domaine. La fontaine Médicis dut être déplacée et la majorité de ces platanes dut être abattue. Heureusement, certains d'entre eux ont été conservés.

     

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    Il s'agit de platanes à feuilles d'érable (platanus x acerifolia). Platanus vient du grec « platys/platos » qui signifie « large » et acerifolia dérive du latin « à feuilles d'érable ».

     

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    Avec leurs troncs bien dressés, leurs branches vives et leur port ample, superbement étalé, ils dessinent une majestueuse forêt urbaine.

     

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    Hybride entre le platane d'Orient (Platanus orientalis) et le platane d'Occident (Platanus occidentalis), le platane à feuilles d'érable fut créé en Espagne en 1663. Ce bel arbre se caractérise par sa résistance au gel, aux fortes chaleurs et à la pollution urbaine mais il est vulnérable face à une maladie appelée « chancre coloré » qui décime hélas nombre de ses représentants depuis la seconde guerre mondiale. Le chancre s'est imposé via des caisses en bois contaminé originaires des États-Unis.

     

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    Le platane à feuilles d'érable était très utilisé comme arbre d'alignement à l'époque de Napoléon Ier (1769-1821). Son bois brun rosé, considéré comme un excellent combustible, était très apprécié des menuisiers et des ébénistes.

     

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    J'aime contempler les reflets de ces platanes historiques dans l'eau du bassin de la fontaine Médicis.

     

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    Des mondes se créent, respirent, se déforment et l’œil en apprécie la mystérieuse esthétique...

     

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    Reflets sertis dans un miroir de glace...

     

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    Dès que nous regardons vers le ciel, la myriade de branches serpentines happe notre attention.

     

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    Histoire et symbolique du platane

     

    La plupart du temps, nous lui accordons peu d'attention mais dans l'Antiquité, il était considéré comme un arbre sacré.

     

    Vénéré, à l'instar du chêne, du pin, de l'olivier et du cyprès, il était appelé « fils de Gaïa » et voué à la déesse de la terre.

     

    Les dendrophores ou « porteurs d'arbres » menaient, dans les villes et les provinces de la Rome ancienne, la procession du pin sacré en l'honneur d'Attis, le seigneur de la végétation. Au cours de « l'arbor intrat », l'arbre divinisé pouvait être le tronc ou les branches d'un platane sacré, transporté au moment de l'équinoxe de printemps.

     

    Un platane majestueux se dressait sur l'île de Kos, dans le temple d'Asclépios, dieu grec de la médecine. Le célèbre médecin Hippocrate dispensait son enseignement sous son ombrage. Le caducée est d'ailleurs une baguette de platane ailée autour de laquelle s'enroulent deux serpents.

     

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    Dans l'ancienne Carthage, le platane était consacré à Tanit, la déesse de la fécondité. Dans la mythologie grecque, ayant abrité les amours de Zeus et de la nymphe Europe, il fut décidé qu'il ne perdrait plus ses feuilles. Bien sûr, le platane est un arbre caduc mais la légende est belle et n'est-ce pas le propre d'une légende : enchanter et réinventer les « formes » du quotidien ?

     

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    Je suis sous le charme de ce bel arbre qui fut l'un des premiers arbres cultivés pour l'ornementation des villes. Dans la Grèce antique, il était aimé d'esprits comme Socrate et associé aux lieux où l'on pratiquait la philosophie et la gymnastique. D'où le terme « plataniste » qui désigne un lieu ombragé où les jeunes gens se réunissaient pour discourir et accomplir de l'exercice physique.

     

    Dans le monde romain, il est fait état d'un platane géant poussant dans la province orientale de Lycie. Un consul appelé Linicius Murianus fut censé accueillir, lors d'un festin, dix-sept invités dans la cavité formée par son tronc.

     

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    L'animal associé au platane est le serpent. Nous retrouvons par ce biais l'image du caducée et les pouvoirs de guérison liés aux différentes parties de l'arbre. Écorce et feuilles étaient réputées pour leurs vertus astringentes. Quant à son ombrage, on disait qu'il pouvait favoriser la fécondité, faire baisser la fièvre, dissiper la mélancolie...

     

    De nos jours, il entre dans la composition de plusieurs remèdes naturels. En homéopathie, il est préconisé contre la cataracte et en gemmothérapie (la médecine des bourgeons), le macérât glycériné de platane est utilisé contre l'acné et comme dépuratif général de l'organisme.

     

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    L'écorce des plus vieux platanes s'exfolie en belles écailles polychromes qui font penser à une mue de serpent.

     

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    Dans Paris, d'autres platanes anciens, ancêtres magnifiques ont su traverser les siècles...

     

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    Le vieux platane du parc Monceau... Il s'agit d'un platane d'orient (Platanus orientalis), « arbre remarquable » aux formes féeriques qui fut planté en 1814.

     

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    Le visage de l'arbre...

     

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    Promenade au Parc Monceau

     

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    Les platanes du Jardin des Plantes

     

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    Dans ce vénérable jardin, on « rencontre » des platanes plantés en 1785. Dire qu'il ont connu la Révolution Française et tant d'autres événements historiques ! Je vous laisse admirer la puissance des troncs, des branches et des racines et la luxuriance des fruits.

     

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    Impressionnantes racines...

     

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    Autre platane planté en 1785.

     

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    En vous souhaitant une très agréable fin de semaine, je vous adresse mes pensées amicales. Gros bisous et merci de votre fidélité !

    Plume

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    Entre lumière et ombre, Acis et Galatée « incarnent » l'esprit luxuriant et sensuel de cette fontaine qui s'inspire des nymphées en vogue dans les jardins italiens aux XVIe et XVIIe siècles.

     

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    Dans l'écrin de verdure du Palais du Luxembourg, la reine Marie de Médicis (1575-1642) voulut recréer une scénographie proche de celle des jardins florentins de son enfance. Elle en confia l'élaboration à l'architecte Salomon de Brosse (1571-1626) et à l'ingénieur Thomas Francine (Tommaso Francini, 1571-1651) qui dessina les plans de la « Grotte Médicis » aux alentours de 1630.

     

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    Dans la Grèce antique, le nymphée était un sanctuaire consacré aux nymphes, les gardiennes des bois, des montagnes et des sources. A proximité d'une source, le nymphée était une grotte naturelle ou une fausse grotte constituée de rochers et d'un décor de rocaille.

     

    Dans la Rome ancienne, le nymphée devint une fontaine monumentale décorée de sculptures et sublimée par des jeux d'eau. Il contemplait un grand bassin ou un ensemble de bassins.

     

    Au XVIIe siècle, pour alimenter le nymphée du Luxembourg ou « Grotte Médicis », Thomas Francine, Intendant Général des Eaux et Fontaines Royales, fut à l'origine d'un ingénieux système destiné à acheminer les eaux de Rungis, via l'aqueduc d'Arcueil, vers les faubourgs de Paris. Son travail inspira la construction du nymphée du château de Wideville, en 1636, dans les Yvelines.

     

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    (Le nymphée de Wideville. Cette gravure provient du site du Sénat).

     

    La façade de la « Grotte Médicis » était composée de trois niches en cul de four que séparaient quatre colonnes toscanes au fût bagué orné de bossages et de congélations.

     

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    Un grand fronton portant les armes d'Henri IV et des Médicis la couronnait. Il était surmonté par des pots à feu et encadré par deux figures allongées représentant le Rhône et la Seine, réalisées par le sculpteur Pierre Biard (1592-1661). De chaque côté, s'étendait un mur décoré d'arcades. (Gravure datant de 1752, parue dans l'ouvrage de Jean-François Blondel, Architecture française, t. II, planche 189.)

     

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    Le Rhône

     

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    La Seine

     

    Après la Révolution, la grotte fut restaurée par Jean-François-Thérèse Chalgrin (1739-1811). Architecte du palais depuis 1780, il réaménagea le jardin et sollicita, pour restituer les allégories fluviales, les sculpteurs Ramey, Duret et Talamona. Une petite statue de la déesse Vénus (visible sur la gravure ci-dessous) fut placée dans la niche centrale. Les armes de France et des Médicis disparurent au profit d'un rectangle à congélations et la grotte évolua davantage en fontaine.

     

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    Dessin de la grotte par Jean-Baptiste Maréchal, en 1786. De grands arbres entouraient le monument pour lui donner un aspect plus pittoresque encore.

     

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    Cette photographie de la grotte, trouvée sur le site du Sénat, fut réalisée vers 1860.

     

    En 1862, la rue Médicis fut ouverte à l'initiative du Préfet Haussmann (1809-1891) et la fontaine dut être déplacée et rapprochée du palais, « d'environ trente mètres ». Une scénographie nouvelle fut alors orchestrée par l'architecte Alphonse de Gisors (1796-1866) qui commanda des statues au sculpteur Auguste Ottin (1811-1890) et fit réaliser devant la fontaine un bassin d'une cinquantaine de mètres.

     

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    Le bassin, en direction du palais.

     

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    Magnifique voie d'eau menant à la fontaine...

     

    Les sculptures décrivent la tragique histoire des amants Acis et Galatée, relatée par le poète latin Ovide (43 avant J.C-17 après J.C) dans Les Métamorphoses.

     

    Fille de Nérée, le dieu de la mer primitive, et de Doris, une océanide, Galatée est une néréide. Le cyclope Polyphème tomba passionnément amoureux de cette nymphe marine, « à la peau blanche comme le lait », mais Galatée lui préféra le charmant berger Acis. Fou de douleur et de jalousie, Polyphème écrasa son rival sous un rocher.

     

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    Les amants ont l'air seuls au monde mais le danger les domine sous les traits de Polyphème.

     

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    Polyphème le cyclope est l'incarnation des forces brutes de la Nature. Fils de Gaïa, la Terre, il prend appui sur le rocher et s'apprête à « punir » les amoureux. Sa rude silhouette de bronze et son visage empreint d'une cruauté désespérée s'opposent aux lignes voluptueuses et pures des corps de marbre blanc.

     

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    La légende de ces amants infortunés connut son œuvre de gloire au XVIIe siècle. En 1686, Jean-Baptiste Lully (1632-1687) composa l'opéra « Acis et Galatée ». Cette « pastorale » grandiose fut jouée pour la première fois devant le Grand Dauphin, fils de Louis XIV et, pendant de nombreuses années, elle fut donnée régulièrement et toujours très appréciée du public.

     

     

    De part et d'autre du cyclope, se dressent deux statues de pierre, réalisées par Auguste Ottin et situées chacune dans une niche surmontée d'un masque de satyre. Il s'agit d'un faune et d'une chasseresse.

     

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    Un faune (une interprétation du dieu Pan)

     

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    Une chasseresse (la déesse Diane)

     

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    Trogne grimaçante et pittoresque évoquant celles des mascarons du Pont-Neuf.

     

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    Devant le rectangle à congélations, Alphonse de Gisors fit restituer les armes de France et des Médicis et en 1862, lors du déplacement de la fontaine Médicis, il fit adosser à celle-ci un monument que l'on appelait fontaine du Regard.

     

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    Construite en 1807 pour distribuer les eaux de Rungis, cette fontaine devait son nom à un ancien regard, édifice qui permettait d'accéder aux structures profondes de l'aqueduc d'Arcueil.

     

    La fontaine de Léda, ancienne fontaine du Regard

     

    Autrefois située au carrefour de la rue de Vaugirard et de la rue du Regard, elle fut démontée en 1856, dans le cadre des grands travaux d'Haussmann, lors du percement de la rue de Rennes.

     

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    Édifiée sur les plans de François-Jean Bralle (1750-1831), ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et maître d’œuvre des travaux hydrauliques de la Ville de Paris, elle appartenait à un ensemble de quinze fontaines commandées par Napoléon Ier (1769-1821) dans le but d'assainir et de moderniser la capitale.

     

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    Alphonse de Gisors la fit agrémenter d'un nouveau soubassement (quatre pilastres encadrent trois mascarons de bronze) et d'un nouveau fronton flanqué de deux nymphes ou naïades allongées.

     

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    Il fit restaurer les élégants pots à feu.

     

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    Les deux jolies naïades qui s'ébattent sur les rampants du fronton couronnant le bas-relief sont l’œuvre du sculpteur Jean-Baptiste-Jules Klagmann (1810-1867).

     

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    La gracieuse demi-coupole permet de raccorder la fontaine de Léda, de la manière la plus esthétique possible, à la fontaine Médicis.

     

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    Sur l'inscription, la mention à l'architecte Jacques de Brosse est une erreur. Il s'agit de l'architecte Salomon de Brosse qui construisit pour la reine Marie de Médicis le magnifique palais où siège le Sénat. J'ai eu l'occasion d'en visiter l'intérieur et je vous en montrerai les beautés. Patience, patience... wink2

     

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    Encadré par des dauphins fantastiques dont les queues enlacent les instruments du dieu Neptune (gouvernail, trident...), le bas-relief qui donne son nom à la fontaine est, comme je l'écrivais plus haut, une réalisation du sculpteur Achille Valois (1785-1862). En remplacement d'un aigle impérial, il représente Léda en compagnie de Jupiter métamorphosé en cygne, sous le regard de Cupidon.

     

    La belle caresse le cou de son amant cygne dont le bec de bronze crachait autrefois l'eau dans un bassin elliptique.

     

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    Je ne peux que vous souhaiter de belles promenades et rêveries autour de ces deux fontaines qui, par l'entremise d'une subtile scénographie, n'en forment désormais qu'une. Merci à ceux qui prennent si gentiment de mes nouvelles. Merci de votre fidélité. Gros bisous et à très bientôt !

     

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    Sources et Bibliographie

     

    Gallica.bnf.fr/ Bibliothèque Nationale de France. (Le dessin de la Grotte Médicis par Jean-Baptiste Maréchal: gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77).

     

    Charles BAUCHAL: Nouveau dictionnaire des architectes français. Paris: André, Daly fils et Cie, 1887, 842 p.

     

    Spire BLONDEL: L'Art intime et le Goût en France. Grammaire de la curiosité. Paris: E. Rouyere et G. Blond.

     

    L'Art pendant la Révolution: beaux-arts, arts décoratifs. Paris: H. Laurens, 1888.

     

    Amaury DUVAL: Les Fontaines de Paris, anciennes et nouvelles. Nouvelle édition, Paris: Bance aîné, 1828.

     

    Pierre KJELLBERG: Le nouveau guide des statues de Paris. Paris: la Bibliothèque des Arts, 1988.

     

    Jean-Charles KRAFFT et Nicolas RANSONNETTE: Plan, coupe, élévation des plus belles maisons et des hôtels construits à Paris et dans les environs. 1801 et années suivantes. Paris: Ch. Pougens et Levrault, in-fol.

     

    Théophile LAVALLÉE: Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1850. Paris: Hetzel, 1852.

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