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    « Tout l'Univers obéit à l'Amour;

                                                        Aimez, aimez, tout le reste n'est rien! » (Jean de la Fontaine)


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    Chaque année, à la mi-février, des rites d'amour et de très anciennes croyances fleurissent pour annoncer le réveil de la Nature, après le règne des sombres nuits d'hiver. Dans ce contexte, la date du 14 février est célébrée sous le patronage de Valentin, le saint des « fiancés, des jeunes filles et des garçons à marier » mais en dépit de son importante popularité, le personnage se pare d'une aura de mystère.

     

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    La légende de Saint-Valentin

    Plusieurs « Valentin » sont fêtés le 14 février, en France et dans d'autres pays, ce qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des mythologues et des historiens. Une telle mise en lumière ayant généralement pour effet de «camoufler» un substrat de divinités pré-chrétiennes.

    On honore ainsi un prêtre de Rome nommé Valentin, un évêque de Terni en Italie, un évêque de Toro en Espagne, un confesseur du Puy-en-Velay et un martyr africain.


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    La légende de Saint-Valentin naquit sous le règne de l'empereur Claude II, dit le Gothique (214-270). En proie à certaines difficultés pour constituer ses légions, Claude fit interdire, en l'an 268, les fiançailles et les mariages sur l'ensemble du territoire qu'il dominait mais un prêtre nommé Valentin choisit de braver ses ordres et d'unir secrètement les jeunes couples. L'empereur le fit arrêter et condamner à mort par décapitation.

    Dans sa prison, Valentin rencontra Augustine, la fille de son geôlier, une jeune aveugle à qui il rendit la vue, grâce à des prières. Elle prit soin de lui et il lui adressa, avant son exécution, une lettre qu'il aurait signée «Ton Valentin».

     

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    Dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine, Valentin fut emprisonné pour avoir refusé de se prosterner devant les divinités de Rome. Il s'éprit de la fille de l'empereur Claude, une jeune aveugle qu'il s'efforça de guérir. L'empereur promit de se convertir si l'issue était heureuse mais Valentin subit tout de même le martyre. Il laissa à la demoiselle de son coeur un billet doux qui devint une « valentine ».

     

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    Les Lupercales romaines

    Cette belle et tragique histoire a été façonnée dans un but politique et religieux, celui de « gommer » le souvenir érotique des Lupercales, fêtes de la fertilité célébrées jadis à Rome, le 15 février.

    Les prêtres de Lupercus, le dieu loup de la fécondité, couraient dans la ville, vêtus de peaux de chèvre. Ils fouettaient, avec des lanières en cuir de chèvre, les femmes qui croisaient leur chemin, afin de stimuler leur pouvoir de fertilité. La course sauvage des Luperques avait pour but de purifier la cité, d'éloigner les démons et les épidémies et de repousser les êtres atteints de lycanthropie.

     Lupercus était le protecteur des animaux à cornes, des troupeaux et des futures récoltes. On organisait en son nom une « loterie d'amour ». Les jeunes hommes tiraient au sort le nom de la jeune fille qui deviendrait leur « compagne des festivités » et sur laquelle ils veilleraient, l'espace d'une année.

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    En l'an 496, le pape Gélase Ier décida de contrer les survivances des Lupercales en instituant la Saint-Valentin. La fête romaine, tissée de coutumes païennes, disparut au profit de célébrations plus «convenables» mais il fallut attendre la fin du XVe siècle pour que, sur l'initiative du pape Alexandre VI, Valentin devienne le patron officiel des amoureux.

     

    Les amours des oiseaux


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    La Saint-Valentin est associée aux parades nuptiales des oiseaux qui commencent à s'accoupler et sont considérés comme les messagers du printemps. Au cours de leurs voltes amoureuses, ils se livrent à des jeux mêlés de chants qui stimulent l'éveil des puissances naturelles.

     

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    Ils accompagnaient dans l'Antiquité les Gamélies athéniennes, célébrations rituelles des noces de Zeus et d'Héra qui se déroulaient de la mi-janvier à la mi-février. On offrait à la déesse des oiseaux sacrés, d'un blanc immaculé, tandis que les fiancés échangeaient des voeux d'amour en buvant du vin dans des coupes en forme d'oiseaux.

     

    L'image des oiseaux a souvent été utilisée de manière symbolique pour représenter les élans de l'amour. Le verbe «oiseler», très employé au XVIIIe siècle, signifie d'ailleurs «faire l'amour».

     

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    Charles d'Orléans, le chantre de l'amour


    La tradition d'écrire des cartes de Saint-Valentin est étroitement liée à ce prince de France, neveu du roi Charles VI, qui naquit en 1394 et mourut en 1465. Charles Ier d'Orléans était le fils de Louis Ier, duc d'Orléans et de Valentine Visconti, fille du puissant duc de Milan, Jean Galéas Visconti.


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    Fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, le 25 octobre 1415, il fut emmené en Angleterre et retenu captif à la Tour de Londres pendant vingt cinq années. Il sublima sa souffrance grâce à l'écriture de chansons, de ballades, de complaintes et de rondeaux. Il composa aussi des poésies en langue anglaise.


    Le thème de l'absence, la cruelle solitude alors que les oiseaux «apportent» le printemps, l'espoir qui veut survivre et l'amour ardent nous offrent un chant sublime, mêlé de fièvre et de noirceur. Le coeur à vif, le poète nous entraîne, avec les rougeoiements de sa plume, dans le cycle implacable et grandiose des saisons.

     

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    Le beau soleil, le jour Saint-Valentin


    Le beau soleil, le jour Saint-Valentin,

    Qui apportait sa chandelle allumée,

    N'a pas longtemps entra un bien matin

    Privéement en ma chambre fermée.

    Cette clarté qu'il avait apportée,

    Si m'éveilla du somme de Souci

    Ou j'avais toute la nuit dormi

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée.


    Ce jour aussi, pour partir leur butin

    Les biens d'Amours, faisaient assemblée

    Tous les oiseaux qui, parlant leur latin,

    Criaient fort, demandant la livrée

    Que Nature leur avait ordonnée

    C'était d'un pair (1) comme chacun choisi

    Si ne me peux rendormir, pour leur cri,

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée.

     

    Lors en mouillant de larmes mon coussin

    Je regrettai ma dure destinée,

    Disant: « Oiseaux, je vous vois en chemin

    De tout plaisir et joie désirée.

    Chacun de vous a pair qui lui agrée,

    Et point n'en ai, car Mort, qui m'a trahi,

    A pris mon pair dont en deuil je languis

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée. »

     

    Envoi:

     

    Saint-Valentin choisissent cette année

    Ceux et celles de l'amoureux parti

    Seul me tiendrai de confort dégarni

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée

     

    (1): « Pair » signifie compagne ou compagnon en français médiéval. Formé sur la même racine que le mot anglais « partner », il s'écrit aussi « per ».

     

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    Charles d'Orléans écrivit le rondel suivant pour sa jeune belle-soeur, Marguerite de Rohan.

     

    « A ce jour de Saint-Valentin

    Puis qu'êtes mon pair cette année,

    De bien heureuse destinée,

    Puissions-nous partir le butin!

     

    Menez à beau frère hutin

    Tant qu'ayez la pense levée

    A ce jour de Saint-Valentin. »

     

    Il rapporta la coutume de la Saint-Valentin en Touraine après sa libération d'Angleterre, en 1441, et la tradition des messages d'amour se répandit ensuite dans le reste du royaume et dans les cours européennes.

     

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    La vogue des « Valentines »


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    Au XIVe siècle, en Angleterre, il était courant d'écrire, le jour de la Saint-Valentin, des messages d'amour et d'amitié. Le poète et philosophe anglais Geoffrey Chaucer (1340-1400), auteur des Canterbury Tales (Les Contes de Cantorbéry) décrivit, en 1381, cette coutume dans le Parlement des Oiseaux (The Parliament of Fowles).

     

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    Chaucer relata, sous le patronage de Saint-Valentin, la cour empressée faite par le roi Richard II Plantagenêt à la princesse Anne de Bohême. Il initia par ses écrits la tradition des poèmes d'amour de la Saint-Valentin.

     

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    Le poète John Gower (1330-1408) réunit dans une de ses ballades les «trois monarques de l'amour»: Saint-Valentin, la Nature et l'Amour personnifié. Ces trois «Puissances» convoquent un «gouvernement d'oiseaux» qui choisissent leurs compagnes à l'occasion de la Saint-Valentin.

     

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    L'oeuvre de John Lydgate (1370?-1451?) s'inscrit dans la lignée de celles de Chaucer et de Gower. Dans Flower of Courtesy (lignes 10-14), le poète décrit l'origine des pratiques de la Saint-Valentin et invite les amoureux à célébrer avec fougue ce jour fatidique.

     

    « Awake, ye lovers, out of your slombringe,

    This glade morowe, in al the haste ye may;

    Some observaunce dothe unto this day,

    Your choyse ayen of herte to renewe,

    In confyrmyng for ever to be trewe. »

     

    Réveillez-vous, amants, de votre lourd sommeil,

    En ce joyeux matin, dépêchez, dépêchez ;

    Car la coutume veut qu’en ce jour,

    Le choix de votre cœur renouveliez,

    Et vous engagiez toujours fidèles à rester.

     

    Empreinte d'un charme raffiné, la poésie anglaise est à l'origine de nos cartes d'amour de la Saint-Valentin.

     

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    Dans la France du XVe siècle, les jeunes gens prirent l'habitude d'offrir à leur bien aimée des petits mots doux pour célébrer le retour du printemps mais il fallut attendre le XVIe siècle pour que les lettres d'amour soient joliment qualifiées de « valentines ».

     

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    Au XVIIIe et au XIXe siècles, de superbes valentines ornées de colombes, de coeurs, de roses et de Cupidons se répandirent dans l'Europe entière.

     

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    A l'époque victorienne (1840-1860), en Angleterre, elles furent imprégnées de parfums exquis et agrémentées de petits ornements de soie, de dentelle, de plumes, de rubans, de fleurs fraîches ou séchées.


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    Esther Allen Howland (1828-1904), la fille d'un célèbre papetier américain, lança, vers 1850, la production en série des cartes de Saint-Valentin.


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    Conçues comme de précieuses broderies, ces cartes suscitèrent l'engouement des collectionneurs.

     

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    La chromolithographie, procédé d'impression en couleurs mis au point par le lithographe Godefroy Engelmann (1788-1839) en 1837, contribua également, tout au long du XIXe siècle, à la diffusion des images de la Saint-Valentin.


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    Supertistions et coutumes de la Saint-Valentin


    Dans la France et l'Angleterre des XIVe et des XVe siècles, les jeunes filles choisissaient leur «Valentin», un cavalier courtois qui leur offrait des cadeaux et leur dispensait de galantes attentions.

     

    Le «Valentin» accompagnait sa «Valentine» à la fête des Brandons, le premier dimanche de Carême. Les futurs couples échangeaient des présents et des baisers autour d'un grand feu puis le «Valentin» allait «brandonner» à travers les champs et les vignes. Par ce geste à caractère magique, (il brandissait un bâton autour duquel crépitait un brin de paille enflammé), il stimulait la croissance des futures récoltes et attirait la prospérité sur les familles et les champs.

     

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    Afin de voir en rêve leur futur amoureux, les jeunes filles cueillaient, après les douze coups de Minuit, le 14 février, cinq feuilles de laurier. Elles en épinglaient une à chaque extrémité de leur oreiller et plaçaient la cinquième au milieu. Puis elles récitaient sept fois la prière suivante avant de s'endormir: « Ô grand Saint-Valentin, protecteur de ceux qui s' aiment, fais que je puisse voir en mon dormant celui qui sera un ami fidèle et un merveilleux amant ».

     

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    Une vieille coutume préconise de porter des crocus jaunes ou des jonquilles dans les cheveux au lever du soleil pour attirer l'époux de ses rêves.

     

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    Un autre rituel d'amour consistait à frotter doucement la surface d'un miroir avec un tissu rouge avant d'ouvrir la fenêtre et d'allumer deux chandelles rouges. On étudiait ensuite les formes qui se dessinaient à la surface du miroir, les taches de lumière, les cristallisations et les effets de givre, afin de connaître les secrets d'un futur époux.

     

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    Pendant des siècles, dans le Kent, en Angleterre, les jeunes filles fabriquaient un «homme de houx» et les jeunes hommes une «demoiselle de lierre». Ce couple végétal, mêlé de fleurs roses et bleues, était promené dans les rues et symboliquement marié avant d'être brûlé, avec les cadeaux de sa dot. Les cendres recueillies étaient répandues dans les champs pour stimuler la croissance des jeunes pousses.

     

    A Anvers, en Belgique, les jeunes filles recevaient de la part de leurs admirateurs des effigies du Greef, un personnage en speculoos ou en massepain. Le nombre de figurines à croquer qu'elles obtenaient était proportionnel à l'affection qu'on leur portait.

     

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    La divination par les oiseaux


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    Oracles de l'amour et du printemps, médiateurs entre les hommes et les esprits de la Nature, les oiseaux sont dotés de capacités surnaturelles au moment de la Saint-Valentin. Ils dévoilent dans les rêves des renseignements précieux sur la future épouse ou le futur mari. Ils font croître les bourgeons en battant des ailes. La tradition préconise de faire un voeu en tenant une plume ramassée quelques instants après le lever du soleil.

     

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    Le messager de l'amour, 1885, par Marie Spartali Stillman (1844-1927), artiste préraphaélite.

     

    Le rouge-gorge qui sautille dans la rosée ou qui agite un brin d'herbe évoque un mariage avec un voyageur ou un marin.

     

    La présence d'un moineau au petit jour près de la chambre augure d'un mariage d'amour.

     

    Le chardonneret signale à la jeune fille qui l'aperçoit qu'elle fera la connaissance d'un riche parti.

     

    Un vol de cygnes présage d'un mariage heureux mais un merle posé sur l'appui de la fenêtre annonce la venue d'un beau parleur.

     

    Deux colombes qui s'embrassent sous le gage d'une union prospère et sans nuages.

     

    La vue d'une mésange signifie que les époux auront de nombreux enfants.

     

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    Les symboles de la Saint-Valentin


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    (Carte de 1910)

     

    Le coeur, siège de l'amour, de la vie et de l'âme, organe des fluides et de la circulation sanguine, est le motif magique par excellence...

     

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    Le coeur percé d'une flèche évoque l'amour et la passion mais se présente aussi comme un symbole protecteur contre les dangers et les maléfices.

     

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    La rose rouge est un emblème de désir et de passion mais aussi un gage d'amour et de fidélité. La rose rose évoque la délicatesse des sentiments.

     

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    Chromolithographie ancienne de roses, 1894, par Francis Dubreuil et Madame Laurent Simons, trouvée sur le très joli site Roses anciennes en France.org.

     

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    Cupidon

     

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    (Fresque d'Annibal Carrache, au Palais Farnèse, 1595-1597).


    Incarnation antique de l'amour et du désir, Amour ou Cupidon, Eros en grec, est le fils d'Aphrodite, la déesse de l'amour et d'Arès, le dieu de la guerre. Cabotin, joueur, imprévisible et capricieux, il transperce les coeurs avec des flèches d'or ou d'argent. Son pouvoir est incommensurable. Il peut susciter l'amour aussi bien chez les hommes que chez les dieux.

     

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    Vénus et Cupidon, 1540-1545, par Agnolo di Cosimo dit Bronzino (1503-1572).

     

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    Redouté pour sa nature taquine et chaotique, il est souvent «puni» par sa mère mais il parvient toujours à s'échapper et à n'en faire qu'à sa tête...

     

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    Jeune fille se défendant contre l'amour, par William Bouguereau (1825-1905).

     

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    Cupidon à la rose

     

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    La Beauté couronnée par Cupidon

     

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    Cupidon adolescent

     

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    L'Amour mouillé, 1891, toujours par William Bouguereau, au musée des Beaux-Arts de La Rochelle.

     

    De l'union de Cupidon et de la ravissante Psyché est née une fille appelée Volupté.

     

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    Amour et Psyché, enfants, 1890, par William Bouguereau.

     

    Psyché aux ailes de papillon dont les larmes et le sourire font renaître la rosée.

     

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    Les mêmes, un peu plus âgés...

     

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    Psyché apparaît dans l'Âne d'Or ou Les Métamorphoses d'Apulée, célèbre philosophe antique né vers 123 ou 125 après J.-C. et mort aux environs de l'an 170.

     

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    Psyché,1904, par Guillaume Seignac

     

    Un roi grec de l'Antiquité avait trois filles dont Psyché, honorée pour sa resplendissante beauté. Les sujets du royaume se pressaient autour d'elle pour l'admirer et en oubliaient la dévotion qu'ils devaient à Vénus, la déesse de l'Amour.

     

    Ivre de jalousie, Vénus ordonna à Cupidon d'inspirer à Psyché de l'amour pour le plus laid et le plus méprisable des mortels.

     

    Cupidon s'envola pour exécuter les volontés de sa mère mais quand il aperçut Psyché, il fut tellement charmé par sa beauté qu'il se blessa avec l'une de ses flèches et tomba éperdument amoureux.

     

    Alors que ses sœurs épousaient de riches personnages, Psyché demeurait jeune fille. Le roi, fort contrarié, consulta un oracle qui lui ordonna de vêtir la princesse de noir et de l'abandonner au sommet d'une colline où une monstrueuse créature s'unirait à elle. Malgré son désespoir, le roi dut se résoudre à faire conduire sa fille adorée au lieu du sacrifice.

     

    Quand elle se retrouva seule, Psyché sentit qu'un souffle parfumé gonflait le tissu de sa funèbre robe. Zéphyr, le vent d'ouest, s'empara d'elle et la transporta jusqu'à une prairie verdoyante où elle s'endormit.

     

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    Psyché dans le jardin d'Eros,1904, par John William Waterhouse (1849-1917)

     

    Au matin, elle découvrit un palais somptueux, soutenu par des colonnes d'or et des voûtes d'ivoire et de bois de citronnier, décoré de bas-reliefs en argent et de mosaïques de perles et de diamants. Elle y pénétra, sous l'impulsion d'une voix mystérieuse qui l'invita à savourer des mets luxueux, à se glisser dans un bain délassant et à s'étendre, à la nuit tombée, sur un lit précieux où la rejoignit son époux...

     

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    Le bain de Psyché, 1879, par Frederick Leighton (1830-1896)

     

    Comblée après sa nuit de noces, Psyché connut des jours et des nuits de plaisirs intenses mais le souvenir de sa famille hantait son coeur et son esprit. Ému par son chagrin, son époux lui permit de rejoindre les siens quelques temps mais lui fit promettre de ne jamais chercher à contempler son visage.

     

    Elle retrouva ses parents et ses sœurs mais celles-ci, étonnées de son bonheur, s'efforcèrent d'insinuer le doute en elle, en affirmant que, dans l'obscurité, elle s'unissait très certainement à un monstre.

     

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    Psyché et ses deux soeurs par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

     

    La nuit qui suivit son retour au palais, Psyché s'approcha de son époux endormi pour l'éclairer de sa lampe. A son grand soulagement, elle distingua les traits du plus séduisant de tous les dieux mais alors qu'elle s'émerveillait de sa découverte, une goutte d'huile bouillante tomba sur l'épaule de Cupidon. Réveillé en sursaut, il reprocha à la jeune femme d'avoir trahi sa parole et disparut.

     

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    Psyché levant sa lampe pour contempler Cupidon endormi,1737-1739, peinture appartenant au Cycle de l'Histoire de Psyché, réalisée par Charles-Joseph Natoirepour l'Hôtel de Soubise à Paris.

     

    Désespérée, Psyché le chercha aux quatre coins de la terre et finit, de guerre lasse, par envoyer des prières à Vénus.

     

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    L'Amour quittant Psyché,par Carle Van Loo (1705-1765).

     

    Ravie de pouvoir se venger, Vénus fit de Psyché sa servante et lui imposa une série de travaux rudes et humiliants mais aucune tâche ne semblait impossible à la jeune femme tant son amour lui donnait du courage et de la persévérance.

     

    Un soir, Vénus mélangea du froment, de l'orge, du millet, des graines de pavot, des pois, des lentilles et des fèves et ordonna à Psyché de trier chaque sorte de graine. Psyché vit alors une myriade de fourmis venir à son aide. Ces «filles de la terre» plongèrent dans le monticule de graines et classèrent l'ensemble par petits tas. Quand Vénus découvrit le résultat, elle réagit avec fureur...

     

    Elle ordonna ensuite à Psyché de traverser un bois sacré, bordé par une rivière, à la recherche d'un troupeau de brebis à la toison dorée et de lui rapporter un flocon de leur précieuse laine. Mais alors que Psyché s'approchait du troupeau, un roseau lui chuchota que les brebis étaient enragées. Il lui conseilla d'attendre que le soleil soit moins haut dans le ciel et de rejoindre un bouquet d'arbres dominant la rivière. La laine d'or, portée par le vent, s'y attachait en grappes scintillantes.

     

    Psyché revint saine et sauve auprès de Vénus. Très mécontente, la déesse lui ordonna de se rendre au sommet d'une montagne où de remplir un petit flacon avec de l'eau venant d'une mystérieuse source.

     

    Psyché trouva la source mais quand elle voulut remplir le flacon, de grandes mâchoires de pierre la menacèrent. Apparut alors un aigle royal, oiseau tutélaire de Jupiter, le roi des dieux. Il prit le flacon entre ses serres et le remplit. Psyché réussit l'épreuve et, une fois encore, Vénus fut prise à son propre piège...

     

    La déesse ordonna ensuite à la jeune femme de descendre dans les Enfers et de collecter, auprès de Proserpine, un peu de beauté enchantée dans un coffret.

     

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    Psyché par Paul Alfred de Curzon(1820-1895)

     

    Convaincue de devoir mourir pour entreprendre ce voyage, Psyché monta tout en haut d'une tour mais alors qu'elle allait sauter dans le vide, une voix résonna à travers les pierres de la tour. Elle lui révéla l'existence d'un chemin permettant d'entrer et ressortir vivante des Enfers. Psyché traversa le Styx sur la barque du nocher Charon, envoûta le féroce chien Cerbère et reçut des mains de Proserpine la boîte qui contenait la beauté des déesses.

     

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    Psyché obtenant de Proserpine l'élixir de beauté,1735, par Charles-Joseph Natoire.


    Mais dès qu'elle fut sortie des Enfers, une irrépressible curiosité s'empara d'elle. Elle ouvrit la boîte et une vapeur sombre et bleutée s'en échappa. Elle sombra alors dans une léthargie proche de la mort.

     

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    Psyché ouvrant la boîte,1903, par John William Waterhouse.


    Cupidon, emprisonné par sa mère en raison de ses noces clandestines avec Psyché, ressentit le drame qui arrivait. Il parvint à se libérer de sa prison et se hâta de la rejoindre pour la ranimer sous ses baisers.

     

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    Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, 1793, sculpture d'Antonio Canova (1757-1822) musée du Louvre.


    Psyché remit la boîte à Vénus pendant que Cupidon implorait Jupiter de lui accorder son soutien. Jupiter accepta et convoqua le Conseil des Dieux. Psyché y parut, dans l'éclat de sa beauté, et but, devant la divine assemblée, une coupe d'ambroisie qui lui offrit l'immortalité. Les noces de Psyché et de Cupidon furent officiellement célébrées et Vénus accepta sa belle-fille...

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    L'Amour et Psyché,par Louis Jean-François Lagrenée(1724-1805).

     

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    Psyché et l'Amour, 1798, par le Baron François Gérard (1770-1837), musée du Louvre.

     Psyché, incarnation des premières émotions de l'âme, l'âme-souffle qui s'éveille à l'amour...


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    Les pouvoirs de Valentin

    A l'instar de Cupidon, Valentin s'efforce de réunir les amoureux mais il veille aussi sur la bonne santé morale et physique des couples. Il fut jadis invoqué pour fortifier le coeur, apaiser de nombreux tourments, soigner les rhumatismes et les douleurs récurrentes, faire tomber la fièvre et purifier le sang. En Belgique, il est considéré comme un protecteur contre les blessures et les hernies.

    Dans la région d'Hurtigheim, en Alsace, on trouve dans certaines chapelles des statuettes de Saint-Valentin, réputées apaiser les rhumatismes. Les personnes souffrantes offrent au saint une poule noire.

    Depuis fort longtemps, Valentin est le protecteur des nourrissons contre la mort subite. Il repousse les maladies qui touchent les animaux, détruit la vermine et garde les cultures contre les caprices de la météorologie.

    Il repousse la sècheresse et règne sur le vent comme en témoigne un vieux dicton du Centre de la France:

    « Jour de Saint-Valentin

       Vent au moulin ».

     

    Dans le vieux Nice, on avait coutume de dire:

    « Danse à la Saint-Valentin

       Soleil sur le chemin ».

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    Comme le fait remarquer Philippe Walter dans son ouvrage intitulé Mythologie chrétienne, Fêtes, rites et mythes du Moyen Âge, Valentin est un saint très mystérieux, fêté à la période du Carnaval et entretenant avec celle-ci des rapports très étroits. Il se présente comme la forme christianisée d'une vieille divinité pré-chrétienne « possédant la syllabe val dans son nom ou son surnom ». P.88. Sa décapitation s'inscrit, à l'instar de celle des géants de Carnaval, dans un cycle solaire et cosmique de mort et de renaissance.

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    Un village nommé Saint-Valentin

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    Au coeur du Berry, les « traditions valentines » ont fait renaître de ses cendres un charmant village, considéré, depuis plusieurs décennies, comme le fief des amoureux. La fête de la Saint-Valentin étant très appréciées au Japon, un jumelage a eu lieu entre le village français et le temple bouddhiste de Sakuto-Cho, en octobre 1997.

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    De nombreux couples viennent s'y marier et poser devant « le kiosque des amoureux » , érigé, par les Compagnons du Tour de France, en guise d'hommage à l'illustrateur Raymond Peynet.

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    Près du saule aux voeux, les visiteurs suspendent des feuilles en forme de coeur gravées de leurs noms, dans de grandes structures arborescentes de métal.

    L'emblème de la commune est le « coeur saignant » ou Coeur de Marie, de ravissantes fleurs bicolores qui dessinent des coeurs roses ornés d'une sorte de plumet blanc.

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    Les « Amoureux » de Peynet

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    Raymond Peynet (1908-1999) apprit les techniques du dessin publicitaire à l'École des Arts Appliqués à l'Industrie. Son diplôme lui fut remis par un des frères Lumière.

    Avec humour et sensibilité, il réalisa des étiquettes de parfums, des affiches, des encarts publicitaires, des dessins de presse et des décors de théâtre (notamment ceux du théâtre de la Huchette, dans le quartier Saint-Michel) mais il connut une célébrité mondiale avec ses «Amoureux», dédiés à son épouse et muse au nom prédestiné, Denise Damour.

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     Ces personnages délicats, nés sous le kiosque à musique de Valence, dans la Drôme, ont séduit un public considérable, à travers une profusion de livres et d'objets (écharpes, porcelaines fines, médailles, poupées, statues...). En 1942, Raymond Peynet écrivit à leur sujet: « Assis sur un banc, j'ai dessiné le kiosque qui se trouvait devant moi, avec un petit violoniste qui jouait tout seul sous l'estrade et une petite femme qui l'écoutait et l'attendait. On voyait aussi les musiciens qui, ayant rangé leurs instruments dans leurs étuis, s'en allaient dans le parc de Valence ».

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    Les Amoureux ont traversé les époques sans prendre une ride. Depuis l'époque de leur publication par Max Favalelli, dans le périodique Ric et Rac, leurs vêtements se sont adaptés aux évolutions de la mode et à la ronde des saisons. Ils sont accompagnés de symboles d'amour incontournables: le coeur, les roses, les angelots et les oiseaux.

     

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    Ils ont inspiré des chansons comme «Les bancs publics», créée par Georges Brassens et «Les amoureux de papier», composée par Charles Aznavouret chantée par Marcel Amont.

     

    Une de leurs statues se dresse à Hiroshima, au Japon, face au Mémorial de la Bombe Atomique.

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    Peynet peignit aussi des tissus et décora des ouvrages de Jean Anouilh, d'Alfred de Musset et d'Eugène Labiche, comme Le voyage de Monsieur Perrichonen 1939. Les amoureux de ses oeuvres pourront visiter quatre musées dans le monde qui lui sont consacrés: deux en France (Antibes et Brassac-les-Mines) et deux au Japon (Karuisawa et Mimasaka).


    Une longue tradition de cadeaux

    Dans l'ancienne Europe, à la mi-février, les rituels d'amour étaient accompagnés par des cadeaux: petites sculptures réalisées dans du bois d'arbres fruitiers, couronnes et bracelets de fleurs, coeurs et figurines de cire, moules à gâteaux, chansons, poèmes... A partir de la Renaissance et surtout au XVIIIe siècle, les gants, les bas, les éventails et les rubans décorés de perles, de plumes et de petits bijoux firent fureur. Les bouquets de fleurs, les cartes et le chocolat furent très appréciés à partir du XIXe siècle.

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    Chacun est libre de croire que la Saint-Valentin n'est qu'une fête commerciale, peuplée d'ornements kitsch et de babioles sucrées or cette fête s'enracine profondément dans notre folklore et les plus jolies attentions n'ont pas besoin d'être assorties d'une valeur marchande.

    En Italie, on offre des chocolats recouverts de noisettes appelés Baci Perugina qui contiennent des billets doux.

    Aux États-Unis, au Canada et au Japon, la Saint-Valentin est l'occasion d'exprimer son amour mais aussi de présenter ses voeux d'amitié. Les écoliers américains fabriquent des cartes qu'ils distribuent à leurs camarades, à leur institutrice, aux membres de leur famille et aux personnes qu'ils apprécient. Ils s'offrent aussi des petits sachets de graines qu'ils sèmeront pour célébrer le retour du printemps.

     A la Saint-Valentin fleurissent d'exquises gourmandises qui enfièvreront les papilles, à l'instar de ces petits trésors...

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    (www.lecacaotier.com)

     

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    La Maison du Chocolat...

     

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    Bien loin des lieux communs et du dédain que certains manifestent à son égard, la Saint-Valentin est une broderie de traditions passionnantes et complexes qui ne demandent qu'à être explorées. Je vous souhaite d'agréables moments de partage et de découverte ainsi que les opportunités d'exprimer votre amour, votre fantaisie et votre créativité, pas seulement l'espace d'une journée mais tout au long de l'année...

     

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    Joyeuse Saint-Valentin!

     

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    Bibliographie

    Constant BEAUFILS: Étude sur la vie et les poésies de Charles d'Orléans.Paris: A. Durand, 1861.Henri DONTENVILLE: Mythologie française. Paris: Payot, 1973.

    Claude GAIGNEBET: Le Carnaval. Paris: Payot, 1974.

    Arnold VAN GENNEP: Manuel de folklore français contemporain. Paris: Picard, 1947.

    Philippe WALTER: Mythologie chrétienne. Paris: Imago, 2003.


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    « C'est le coeur qui donne naissance à toute connaissance ». (Proverbe de l'Égypte ancienne.)


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    L'oeuvre est cocasse, poétique et teintée d'une énergie provocante. Ses couleurs respirent, sur un vieux mur, à l'angle de la rue des Archives et de la rue des Haudriettes (Souvenez-vous de la fontaine à la nymphe et de l'échelle patibulaire du Temple...).

     

    Signée Combas -Robert Combas- elle porte un nom qui interpelle : La femme lumière de l'homme.

     

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    Créateur fantasque, trublion inclassable, touche à tout facétieux, Robert Combas est né à Lyon, le 25 mai 1957. Il a grandi à Sète, dans l'Hérault et dès l'enfance, il s'est passionné pour la peinture et le dessin.

     

    En 1980, il obtient son diplôme national des Beaux Arts dans la ville de Saint-Étienne et il se fait remarquer par Bernard Ceysson, le directeur du musée municipal. Dans la foulée, il intéresse les marchands d'art Bruno Bischoberger et Daniel Templon et, en 1982, il débute une collaboration fructueuse avec le collectionneur et galeriste Yvon Lambert. Pendant plus d'une décennie, il expose en Europe et aux États-Unis, surtout à New York, dans la galerie du célèbre mécène et marchand d'art Léo Castelli.

     

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    Robert Combas, photographié en 2012 lors de l'exposition de ses œuvres à Lyon.

     

    Son inspiration volubile et subversive s'enracine dans la culture rock, la bande dessinée, les affiches publicitaires, le Pop Art, l'Art Brut et son nom est indissociable du mouvement pictural « Figuration Libre », baptisé ainsi par l'artiste Ben dans les années 1980.

     

    « La Figuration Libre c’est faire le plus possible, ce qu’on veut le plus personnellement, le plus librement... » R C.

     

    Fier de ses origines ouvrières, il a accompli dans sa jeunesse de nombreuses déambulations dans Barbès, ce qui lui a fait qualifier son travail de « Pop Art Arabe ». Il a « dévoré » tout ce qu'il voyait, les visages, les silhouettes, les ombres des passants, les vieux cartons, les morceaux de papier, les effets de matière sur les trottoirs, les lumières et les reliefs ambivalents des devantures. Nombre d'étudiants en art redoutent d'aborder son œuvre tant ses influences sont éclectiques voire qualifiées de « pantagruéliques » !

     

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    Elle... Œuvre exposée dans la Galerie Laurent Strouk.

     

    Fervent admirateur de Toulouse-Lautrec, de Jean Dubuffet, de Picasso et de Warhol, il est également fasciné par la calligraphie, les bestiaires médiévaux et les tableaux de maîtres comme Goya ou Vélasquez. Avide de réinterpréter la peinture classique, il fait parler, de façon très personnelle, toiles et murs et griffe en s'amusant, avec une énergie adolescente et une vigueur explosive, les émotions de ceux qui partent à l'abordage de ses créations.

     

    Souvent comparé à Keith Haring et à Jean-Michel Basquiat, il fascine et dérange à la fois le public et les historiens d'art, d'ailleurs les spécialistes n'y vont pas de main morte. Certains voient dans son œuvre des gribouillis vulgaires, des couleurs criardes, de la maladresse mal déguisée, fruit de l'action d'un imposteur. D'autres, qui le considèrent comme un nouveau Picasso, apprécient la vigueur de son trait, la puissance évocatrice des couleurs qu'il distille, son humour souvent féroce et le langage décalé qu'il déploie dans l'espace urbain. Vous l'avez donc compris, il n'y a pas de demi-mesure en ce qui le concerne et de toute manière, il aime que les avis sur son travail soient à ce point tranchés.

     

    Avant de vous montrer plus de détails de La femme lumière de l'homme, je vous invite à contempler certaines de ses influences. Je ne présenterai pas les incontournables Warhol et Picasso ainsi que Vélasquez et Goya. J'ai choisi ce que Combas préfère à travers les principales caractéristiques des œuvres de Ben, de Jean Dubuffet, de Keith Haring et de Jean-Michel Basquiat.

     

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    Ben (Né à Naples en 1935).

     

    Benjamin Vautier aime peindre des mots, écrire avec une énergie enfantine sur ce qui ressemble à un tableau noir d'écolier. Ses œuvres poétiques sont l'émanation de la Figuration Libre : « Tout est art et tout est possible en art »... « Je peux tout me permettre... » « J'écris donc je peins avec des mots »...

     

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    On retrouve nombre de ses phrases sur des supports publicitaires, des façades d'immeubles, du mobilier urbain etc... Certains ont évoqué l'aspect trop commercial de ses formules mais elles sont avant tout des propositions pour l'esprit. A celui qui les lit d'en faire ce qu'il veut !

     

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    Jean Dubuffet (1901-1985), Arbres portant un château de réminiscences, 1970, feutre sur papier.

     

    Le théoricien de l'Art Brut, passionné de formes spontanées qui s'enchevêtrent... Il a inventé l'expression « Art Brut » afin de désigner l’art créé par des non professionnels évoluant en dehors des « normes esthétiques convenues » et surtout qui se tiennent à l’écart des milieux artistiques.

     

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    Site domestique au fusil espadon, 1966. (Amusons-nous avec le titre!) Ici rien n'est limité, tout palpite, tout s'entrelace et la couleur explose comme les notes ludiques d'une partition musicale.

     

     

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    Keith Haring (1958-1990), Beginner.

     

    Né aux États-Unis, Haring a créé des bandes dessinées en compagnie de son père depuis sa plus tendre enfance. Il a fait ses études artistiques à New York et s'est fait remarquer en peignant dans le métro et dans les rues. Il a connu très vite le succès et est parti peindre ses petits personnages en mouvement constant sur les murs de nombreux pays : Angleterre, Japon, France (où il a réalisé une fresque pour les enfants malades de l'hôpital Necker), Allemagne, Italie, Brésil etc... L'énergie vitale manifestée à travers le choix des couleurs intenses, flashy, phosphorescentes qu'il utilise est une invitation à la danse du corps et de l'esprit.

     

     

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    Jean-Michel Basquiat (1960-1988).

     

    Artiste de génie dont la flamme, sous l'effet d'un torrent de coke et d'héroïne, s'est éteinte bien trop tôt.... Il a promené dans les rues de New York son talent marginal et s'est passionné pour une infinité de choses. Il n'est pas facile de « caractériser » son art mais, à l'instar de Robert Combas, il se laissait « emporter » par le feu dévorant des couleurs et faisait preuve d'une énergie débordante. L'une de ses phrases fétiches était « Je ne pense pas à l’art quand je travaille. J’essaie de penser à la vie. »

     

    Combas appréciait particulièrement les graffitis de la période SAMO, conçus dans la décennie 1970-1980 en réaction à l'art plus conventionnel du quartier de Soho. SAMO ou Same Old Shit...

     

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    Revenons à l’œuvre qui donne son titre à cet article...

     

    La femme lumière de l'homme est une commande de la Ville de Paris, installée en l'an 2000 au numéro 3 de la rue des Haudriettes. Elle a fait « s'étrangler » les féministes mais il faut y voir essentiellement une boutade, une provocation joyeuse, un jeu visuel. Passionné de calembours et de jeux de mots, Combas s'amuse à réinterpréter les légendes et les mythes et nous livre une vision libre et pleine de drôlerie du personnage de Don Quichotte et de sa Dulcinée, éclairante potiche... Elle rend aussi hommage à tous les rêveurs, au sens littéral du terme.

     

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    L'artiste veut nous faire rire autant que nous interpeller. J'adore sa signature !

     

    A son sujet, le philosophe Michel Onfray a écrit, dans « Transe est Connaissance » Un chaman nommé Combas, cat. Expo Robert Combas « Greatest Hits », Mac Lyon, Somogy 2012 : (…) Il se saisit de la matière des êtres comme de la matière du monde ou du cosmos. À pleines mains, en pétrissant, en poignassant, en malaxant, en triturant la peinture comme une force, une vitalité, une énergie en puissance dont il lui revient d’activer l’acte. Il est connecté directement sur cette force-là, en prise directe avec l’électricité de l’univers. Son style à nul autre pareil est celui d’un primitif de génie qui sculpte le temps et entasse des œuvres comme témoignage des figements de ces durées magnifiques. Ce chaman est le grand organisateur de fêtes chromatiques, le maître d’œuvre d’une religion panthéiste à laquelle puisent les grands vivants. Longue vie au chaman! »

     

    Sur le site du Grimaldi Forum de Monaco où une exposition lui a été consacrée, du 7 août au 11 septembre 2016, voici ce qu'on peut lire : « Son œuvre traite une multiplicité de sujets, son imaginaire se déploie sans limite. On peut tenter de décrire sa peinture par moult adjectifs sans pour cela réussir à la saisir complètement. Elle est libre, colorée, grotesque, drôle, sensuelle, sexuelle, violente, historique, protéiforme, énergique, énergétique, spontanée, mais aussi... plus intelligente et plus conceptuelle que ce que l’on peut croire à première vue… Lui-même aime à brouiller les pistes en définissant sa peinture ainsi : « Je fais du mal fait bien fait ».

     

    « Dans l’infinie liberté de sa figuration, tel Picasso, Combas joue avec les visages et les corps. Ses tableaux sont un jeu de couleurs, de formes et de motifs, rappelant l’Art Brut de Jean Dubuffet. Il y intègre aussi bien des collages de magazine porno que des bas reliefs médiévaux, des personnages en relief, des tatoués, des scarifiés… Chaque œuvre révèle un monde en soi. Chacune raconte les passions humaines voire inhumaines. Apparue à la fin des années 70, sa peinture a eu d’emblée pour effet de bousculer les conceptions esthétiques de l’époque. Affranchi de tout mouvement, il est profondément libre et peintre… »

     

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    Tel Don Quichotte, il déambule, guidé par le souffle de l'inspiration, dans la forêt des thèmes qui lui sont chers : la femme, l'amour, la mythologie, la religion, la guerre, la musique, la littérature, les scènes de genre...

     

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    Et tandis que la vie s'écoule comme la cire d'une bougie, IL S'AMUSE, en lettres majuscules ! D'ailleurs ses toiles (vous le verrez dans un instant) sont agrémentées souvent d'une légende à la fois drôle et incisive.

     

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    Vous remarquerez le doigt d'honneur nuage, bien évidemment placé là de manière volontaire et pour que vous cerniez mieux encore la personnalité de cet artiste hors norme, voici ce qu'il écrit, sous son interprétation humoristique d'un célèbre tableau de l'École de Fontainebleau, peint vers 1594 par un artiste anonyme :

     

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    Gabrielle D’Estrées (favorite d'Henri IV) et l'une de ses sœurs (la duchesse de Villars).

     

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    Black Gabrielle, 1985

     

    « Black Gabrielle D’Estrées palpe les bouts de nichon de sa sœur Joséphine qui ne bronche pas étant frigide. Une armée de Louidjis triangulaires regardent la scène en bavant comme des obsédés du sexe faible. Black Gabrielle D’Estrées préfère toucher des nénés plutôt que de se farcir tous les Louidjis de la terre. Hier soir, elle s’est fait niquer par un totem primitif représentant une déesse particulièrement lesbienne. Depuis cette histoire elle vote pour le Mouvement de Libération des Femmes à clitoris à fermeture éclair. »

     

    Vous imaginez la mine réjouie de l'artiste qui aime écouter, dans ses expositions, ce qu'on dit de lui, que ce soit en sa faveur ou pour le « démonter » ! Comme certains d'entre vous vont me le demander, j'aime beaucoup ce qu'il fait. Son travail me donne le sourire (que j'ai facilement, il est vrai) et les créations d'un artiste, surtout contemporain, ne se résument pas à « j'aime », « j'aime pas ». Il y a toujours quelque chose d'intéressant à extraire d'une œuvre, peu importe ce que l'on en pense.

     

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    Trois grands personnages historiques français (De Gaulle, Saint-Louis ou Charlemagne, Napoléon), 1983.

     

    Ah j'adore le petit bonhomme phallus, quintessence du plaisir que prend l'artiste quand il peint ! Avec cette toile, ses détracteurs ont explosé de colère et demandé qu'il efface la créature en question... C'est fou comme certains ont l'esprit claquemuré dans de vaines bien-pensances ou pire, ne comprennent rien... L'artiste joue tout en nous rappelant que ces messieurs, grands personnages devant l'Histoire, brandissent leurs attributs à travers chacune de leurs décisions.

     

    Vous n'êtes pas obligés d'être des afficionados de l'art de Robert Combas. Il est « juste » un artiste incontournable de notre temps, un de ces grands artistes vivants qui promènent une joie « ogresque » de peindre et c'est pourquoi je voulais le présenter. Je ne me lancerai pas dans le débat « Est-il un nouveau Picasso ? » « Est-il un imposteur ? » « Est-il ceci ou cela ? » Rappelons-nous que l'Art se goûte avec ce qu'on a dans les tripes et que si certains artistes aiment égratigner le monde avec leurs créations, cela est bénéfique pour faire réfléchir et enrichir le regard de tous. Vive la liberté de l'art et vive la liberté d'apprécier une proposition artistique avec les complexités de sa sensibilité !

     

    Je vous souhaite de belles promenades à travers toutes les périodes de l'art, des plus anciennes aux plus contemporaines. Je lis souvent sur des blogs des propos résolument négatifs concernant l'art contemporain. Je trouve cela dommage et pour ma part, je montrerai tout ce qui m'intéresse même si ce n'est pas apprécié.

     

    Je pense bien à vous chers aminautes et je vous remercie de votre fidélité, gros bisous !

    Plume

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    Coq de Gao Jianfu (1879-1951)

     

    Le Singe de Feu s'en est allé, cédant la place, du 28 janvier 2017 au 15 février 2018, au Coq de Feu, appelé aussi Coq Rouge ou Coq Indépendant (Ding You). Cet animal gorgé de vitalité ouvre les portes d'une année présentée comme une année de chance. Année intense qui célèbre le passage de l'ombre à la lumière.

     

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    L'année du coq symbolise l'éveil de la puissance, l'énergie de la quête et le feu de la passion. Brave, fier, conquérant, le coq est celui qui déploie ses ailes en dépit des obstacles et des difficultés. Seigneur de l'aube, il mène à l'épanouissement ceux qui combattent avec vaillance.

     

    Il incarne l'indépendance et le lever de la lumière. Protecteur des guerriers, il est celui qui apporte le triomphe et dissipe les ténèbres par son chant. On lui attribue en Chine les Cinq Vertus Cardinales soit le Courage, le Civisme, la Valeur Militaire, la Confiance et la Bonté.

     

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    (Image trouvée sur Pinterest via le site Etsy).

     

    Il attire la chance, les honneurs et la prospérité, stimule la santé et la longévité.

     

    L'année qu'il préside est considérée comme fortement créative et propice à l'amour, à la sensualité, à la sexualité épanouie, aux mariages et aux naissances. Année de fièvre et de vigueur dont le feu, de nature yin, est aussi capable de douceur.

     

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    Coq de Zhang Daqian (1899-1983), considéré comme « le plus légendaire maître en peinture chinoise du XXe siècle ».

     

    Feu qui attise la clairvoyance et privilégie les liens amoureux, les liens d'amitié et les liens familiaux mais attention, d'après les croyances chinoises, l'année du coq favorise aussi les affrontements avec les forces du Métal soit une intensification des problèmes sur la scène internationale et des relations chaotiques et pleines de violence entre certains pays. Heureusement, sur un plan personnel et professionnel, l'année regorge de possibilités « positives ».

     

    Guerrier valeureux, combattant accompli, leader organisé, le coq de feu a plusieurs défis à relever. Il doit notamment maîtriser son arrogance et veiller à écouter ceux qui l'entourent. Il doit aussi cultiver sa vigilance en toutes circonstances.

     

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    Coq sur un rocher de Xu Beihong (1895-1953).

     

    Le coq, ne l'oublions pas, est un symbole universel dont la puissance résonne aussi très fortement en Occident. Notre coq gaulois ne chante-t-il pas, vaillamment, lorsqu'il a les deux pattes dans la m.... ?!!! wink2

     

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    Pièce gauloise Bellovaque du 1er siècle avant J.C, représentant un coq et le soleil levant en forme de roue solaire. Les Bellovaques résidaient dans l'actuel département de l'Oise.

     

    Célébré dans la Rome antique, la Gaule ancienne, la Germanie, la Saxe, la Wallonie, les territoires celtes, vikings, anglo-normands... Associé à l'Alchimie, à la Franc-Maçonnerie, aux Templiers, il est celui qui "éveille", avatar du dieu celte Lug appelé le Brillant.

    Sentinelle qui repousse les démons et les créatures de la nuit, il veille sur les clans et protège les âmes des guerriers. Emblème de ceux qui cherchent la connaissance et pratiquent la médecine, sa racine celtique est « Kog » qui signifie « rouge ». Vous trouverez d'autres renseignements et de nombreuses photos dans mon article intitulé La fontaine de Mars et Hygie.

     

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    Le coq de la fontaine

     

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    Coqs de Xu Beihong

     

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    Je ne connais pas l'auteur de celui-ci.

     

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    Pièces commémoratives de la série Lunar II commercialisées par la Monnaie de Perth, en Australie, à partir du 9 septembre 2016.

     

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    Pièce commémorative émise par la Monnaie de Mongolie.

     

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    Pièce de 10 € en argent, émise par la Monnaie de Paris et faisant partie de la série intitulée : « Calendrier chinois ».

     

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    Sur le revers de la pièce, on voit le portrait de Jean de la Fontaine et l’ensemble des animaux du zodiaque chinois.

     

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    A l'occasion des festivités liées au coq de feu chinois, j'ai voulu rééditer des photos qui ont émaillé mes articles portant sur les traditions asiatiques du nouvel an. J'ai aussi retrouvé des photos que je n'avais pas encore publiées. Petit florilège...

     

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    Lanternes aux couleurs précieuses qui dansent devant l'Hôtel de Ville.

     

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    Dragon purificateur, protecteur et facétieux...

     

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    Élégance des participants au défilé

     

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    Lions d'or et de feu

     

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    Ferveur ambiante et puissance apotropaïque de la couleur rouge...

     

    Si vous souhaitez découvrir ou vous replonger dans l'histoire et les traditions du nouvel an chinois ou de la fête vietnamienne du Têt, vous pouvez cliquer sur les liens suivants.

     

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    Que cette année nouvelle vous soit propice ! Je souhaite à mes amis de cœur et d'âme : Antoinette, Rémi, Vanessa, May... qui fêtent le nouvel an chinois beaucoup de bonheur et je vous embrasse, chers aminautes, bien fort... A très bientôt...

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    A l'angle de la rue des Archives et de la rue des Haudriettes, dans le quartier du Marais, s'élève une fontaine aux lignes sobres, de plan trapézoïdal, rare exemple encore debout de fontaine néoclassique dans Paris.

     

    Nombre de ces fontaines, au décor fondé sur une imitation d’œuvres antiques, ne résistèrent pas aux grands travaux entrepris par Haussmann et celles qui demeurent ont généralement été déplacées. Je pense, entre autres, à la fontaine de Léda que l'on admire, dans le jardin du Luxembourg, à l'arrière de la fontaine Médicis et à la fontaine du Palmier située sur la Place du Châtelet. Ayant prévu des articles sur le sujet, je ne développe pas davantage et je reviens à la fontaine des Haudriettes.

     

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    Ce bel édicule fut érigé en 1764 par l'architecte Pierre-Louis Moreau-Desproux (1727-1794), maître général des Bâtiments de la Ville de Paris, à l'initiative du prévôt des marchands, pour remplacer une Fontaine Neuve, bâtie en 1636.

     

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    L'argent des princes de Rohan-Soubise finança la construction du monument dont le décor fut confié au sculpteur Pierre-Philippe Mignot (1715-1770).

     

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    L'élégant bas-relief de Mignot décrit une naïade allongée parmi les roseaux et dont le bras gauche repose sur un vase d'où s'écoule une eau claire.

     

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    Esprit de l'eau qui venait originellement de Belleville et qui fut acheminée, après 1822, depuis le canal de l'Ourcq, vers le quartier du Marais.

     

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    Le mascaron de la fontaine, inscrite au titre des monuments historiques depuis le 24 mars 1925.

     

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    Plusieurs fontaines de Paris ont conservé de beaux mascarons « cracheurs » -ou censés l'être- en forme de tête de lion ou de créatures fantastiques.

     

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    Mascaron de la fontaine de Mars et Hygie, rue Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris.

     

    Restaurée plusieurs fois et notamment en 1836, la fontaine des Haudriettes a été déplacée, en 1933, par l'ingénieur Louis-Clovis Heckly (1893-1975) pour favoriser la circulation des passants et bien qu'éloignée de plusieurs mètres de sa position initiale, elle rappelle l'emplacement d'un célèbre couvent, celui des Haudriettes dont l'histoire est peu conventionnelle.

     

    Le nom « Haudriettes » vient de Étienne Haudri (que l'on écrit aussi Haudry et Audry) qui était, selon les livres d'histoire, soit valet de chambre de Saint-Louis (1214-1270) soit maître drapier et grand panetier (officier gérant le service de bouche) de Philippe le Bel (1268-1314). On ne connaît pas précisément ses dates de naissance et de mort mais on sait qu'il se rendit en Palestine afin de participer à la Croisade et que lorsqu'il revint en France, il partit en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle sans prévenir sa femme. Celle-ci, qui le crut mort, fonda dans sa maison une communauté religieuse pour les veuves pauvres et les pèlerins malades.

     

    Quand Haudri rentra chez lui, il fut désemparé par les transformations survenues dans sa demeure et s'adressa au pape afin de « récupérer sa maison ou sa femme » (!). Le pape choisit de rétablir son mariage si le couvent n'était pas démantelé.

     

    Il est dit aussi, dans plusieurs dictionnaires historiques, qu'Étienne Haudri, riche propriétaire, offrit ses terres à des religieuses qui le remercièrent en portant le nom d'Haudriettes.

     

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    La fontaine, photographiée en 1898 par Eugène Atget (1857-1927). On aperçoit un cadran solaire, disparu, au-dessus de la naïade de Mignot.

     

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    Naïade joliment décrite par le poète Philippe Dufour, auteur d'un ouvrage intitulé Poèmes Légendaires : l'amour, le glaive, le songe. Publié en 1897, ce recueil dédié à la mémoire de Leconte de Lisle et préfacé par José Maria de Heredia, célèbre les rues et les monuments de Paris.

     

     

    La fontaine occupe une place privilégiée à l'angle de la rue des Archives et de la rue des Haudriettes qui portait, au XIIIe siècle, le nom de l'un de ses habitants : Jehan-l'Huillier avant d'être appelée rue des Vieilles-Haudriettes, rue des Haudriettes et rue de l'Échelle du Temple car le Grand Prieur de l'Ordre du Temple y avait fait élever une échelle patibulaire. On ignore avec précision quand sont advenus les changements de noms mais on sait qu'en 1636, la rue s'appelait rue de la Fontaine et qu'en 1690, on lui avait redonné le nom de rue des Haudriettes.

     

    L'échelle patibulaire est un pilori, signe de Haute Justice, que l'on n'utilise pas pour mettre à mort, à la différence des fourches et des signes patibulaires.

     

    Quand il arrive que l'on croise un individu à la mine patibulaire, on ne pense pas forcément à l'origine du mot. Patibulaire vient de patibulum qui dérive lui-même de patere : « être ouvert ou exposé, s'étendre en surface ». Les fourches patibulaires ont été créées dans la Rome antique. Le condamné était attaché à un poteau de bois. Il avait la tête coincée dans une fourche et on le battait à mort à coup de verges.

     

    La fourche devint au fil du temps une potence constituée d'une traverse de bois reposant sur deux piliers.

     

    En France, le sinistre gibet de Montfaucon était constitué d'un ensemble de fourches patibulaires (ou colonnes de justice) apparues au début du XIIIe siècle.

     

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    Joseph Thierry (1812-1866), Chevauchée de Faust et de Méphistophélès devant le gibet de Montfaucon, vers 1866. Vous apprécierez le sublime ciel de tempête et l'atmosphère fantomatique, glaçante des lieux avec la touche de rouge, comme une morsure sur la toile.

     

     

    Le signe patibulaire est un carcan (collier métallique fixé à un poteau ou à un mur), signe de Haute Justice, utilisé pour humilier et non pour mettre à mort, à l'instar de l'échelle patibulaire.

     

    Pendant la minorité de Louis XIV, l'Échelle de Justice du Temple fut brûlée par de jeunes seigneurs appelés les petits maîtres. Elle fut aussitôt rétablie mais comme elle empiétait sur la rue, elle fut diminuée en 1667.

     

    Dans le tome 5 de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, au chapitre intitulé « Échelle », il est écrit :

     « On confond quelquefois l’échelle avec la potence ou gibet, parce que les criminels y montent par une échelle : mais ici il s’agit des échelles qui servent seulement pour les peines non capitales ; au lieu que la potence ou gibet, et les fourches patibulaires, servent pour les exécutions à mort. »

     

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    A Paris et dans les villes d'Île de France, on utilisait peu le mot « pilori » car on lui préférait le mot « échelle » d'où l'existence de certaines « rues de l'Échelle » qui conservent le souvenir de ces peines d'humiliation publique. Il existe toujours une rue de l'Échelle entre la rue de Rivoli et l'avenue de l'Opéra. Son nom lui vient de l'échelle patibulaire des évêques qui se dressait là.

     

    Outre l'Échelle de Justice du Temple et celle des évêques située près de l'Opéra, on trouvait une échelle patibulaire sur le parvis de Notre-Dame -administrée par le Chapitre de la cathédrale- et une échelle sur le Port Saint-Landry, l'ancien port principal de Paris situé dans l'Île de la Cité.

     

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    Désormais, nos regards se posent sur la naïade de Mignot et le souvenir de l'Échelle du Temple semble se diluer dans le temps.

     

    Sculpteur apprécié de ses contemporains, Pierre-Philippe Mignot n'a pas eu toute la renommée qu'il méritait. Élève des maîtres François-Antoine Vassé (1681-1736) et Jean-Baptiste Lemoyne (1704-1778), il remporta, à l'Académie Royale, le deuxième prix de sculpture en 1738 et le premier prix en 1740. Il fut également lauréat du prix de Rome et pensionnaire de la Villa Médicis entre juin 1742 et novembre 1743.

     

    Après son retour d'Italie, il fut agréé à l'Académie royale en 1747 mais il ne put accéder au titre prestigieux d'Académicien.

     

    Ses œuvres les plus célèbres sont la naïade de la fontaine des Haudriettes et une Vénus ou Bacchante endormie, appelée aussi La Belle endormie, datant de 1747 et reproduite en 1761, aujourd'hui conservée au City Museum and Art Gallery de Birmingham, en Angleterre.

     

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    La Belle endormie

     

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    A quelques mètres de la fontaine, un restaurant appelé Le Connétable possède encore de vieilles grilles surmontées de pommes de pin autrefois dorées. Ces grilles, imposées par édit royal dans un but de protection des lieux, évoquent la présence ancienne d'un commerce de vin. Vous avez aussi sûrement remarqué la boutique de Liqueurs et de Vin sur la photo prise par Atget en 1898. Dans le quartier, eau et vin ont apparemment toujours fait bon ménage !

     

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    Après cette promenade dans le temps, je m'éclipse en vous donnant rendez-vous dans quelques jours pour « explorer » les charmes et les ambivalences de la peinture contemporaine qui décore le vieux mur situé derrière la fontaine. En attendant de vous retrouver, je vous remercie de votre fidélité. Gros bisous !

     

    Bibliographie

     

    Stanislas Lami : Dictionnaire des sculpteurs de l'école française au dix-huitième siècle. Paris : Honoré Champion, 1911.

     

    Félix et Louis Lazare : Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments. Paris, 1844.

     

    Jean de La Tynna : Dictionnaire topographique, étymologique et historique des rues de Paris, 1812.

     

    Gustave Pessard : Nouveau Dictionnaire Historique de Paris, 1904

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     Au numéro 37 de la rue de la Bûcherie, à l'emplacement de l'ancien Port au Bois de Paris, les lecteurs compulsifs arpentent avec gourmandise les rayons d'une célèbre librairie.

     

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     Fondée, en 1919, par une américaine nommée Sylvia Beach (1887-1962) rue Dupuytren, dans le 6e arrondissement de Paris, elle fut déplacée, en 1921, au numéro 12, rue de l'Odéon.

     

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     Libraire au savoir cosmopolite, Sylvia Beach fut la compagne de l'éditrice et poétesse Adrienne Monnier (1892-1955), figure incontournable de la vie intellectuelle parisienne dans les premières décennies du XXe siècle.

     

    En 1922, elle publia, dans son intégralité, le roman Ulysse de l'écrivain irlandais James Joyce (1882-1941).

     

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    James Joyce et Sylvia Beach en 1921.

     

    Texte hautement controversé, Ulysse (Ulysses en anglais) fut interdit aux États-Unis jusqu'en 1931, en raison de son « caractère pornographique » mais Ernest Hemingway (1899-1961) le fit entrer en douce sur le sol américain.

     

    Fortement décrié par les censeurs, Ulysse a aussi divisé les milieux littéraires. Des auteurs comme H.G. Wells (1866-1946) et Virginia Woolf (1882-1941) le détestèrent, le qualifiant de « vulgaire », « innommable », « écœurant », « prétentieux » alors que pour le poète et romancier Valéry Larbaud (1881-1957), Ulysse était tout simplement « génial » et « brillant ».

     

    Ce roman attire mais peu de personnes s'aventurent à le lire jusqu'au bout. Pendant mes études littéraires à l'Université Michel de Montaigne à Bordeaux, je ne l'ai pas lu non plus en entier. Je croulais, comme mes camarades, sous les ouvrages à étudier... 3000 jusqu'à la Maîtrise alors je n'ai lu que les extraits polycopiés par nos professeurs. Quelques années plus tard, je m'y suis plongée, « intriguée » par les critiques virulentes qui lui étaient et lui sont toujours adressées par nombre de littéraires : « ouvrage atrocement chiant... », « œuvre pour malades mentaux », « monstre inqualifiable », « cloaque sexuel », « texte d'une vulgarité insupportable »... Mon opinion rejoint celle de Valéry Larbaud : Ulysse est incroyablement novateur et brillant !

     

    Le synopsis est le suivant : Joyce relate l'odyssée, pendant la journée du 16 juin 1904, de deux personnages dans la ville de Dublin : Leopold Bloom (Ulysse), un agent publicitaire aux « mœurs hasardeuses » et Stephen Dedalus (Télémaque), jeune intellectuel désireux de vouer son existence à l'art. Après s'être croisés, tout au long de la journée, ils se retrouvent le soir dans un bordel pour des moments crus, directs, puissamment explicites, ponctués de réflexions sur l'art, le temps qui passe, l'absurdité de certains moments de la vie et... Je ne dévoile évidemment pas la fin.

     

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    James Joyce avec Sylvia Beach et Adrienne Monnier, 1938, à l'intérieur de Shakespeare and Company.

     

    Le style de Joyce est comme un uppercut. Il nous plonge sans retenue dans le cerveau de ses personnages et nous précipite à travers les méandres de leurs pensées chaotiques. Libres de toute règle, les mots restituent la fureur de cette lave mentale qui s'enchevêtre avec les actions des corps et pour de nombreuses personnes, le résultat est tout bonnement incompréhensible. Pour d'autres, c'est le génie d'un des plus grands écrivains du XXe siècle qui s'exprime ainsi. Face à des opinions aussi violentes et tranchées, il faut s'armer de patience et lire les mille pages composant Ulysse, réécriture hallucinée de l'Odyssée tout en gardant l'esprit ouvert...

     

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    Marylin Monroe (1926-1962) plongée dans la lecture d'Ulysse.

     

    Le 2 février 1922, Sylvia Beach publia dans son intégralité cet ouvrage qui parut, entre mars 1918 et décembre 1920, sous forme de feuilleton dans le magazine américain The Little Review. Son amour de l'art et de la liberté d'expression ne fléchit jamais. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle dissimula des livres « interdits » et en 1941, elle refusa de commercer avec les Nazis ce qui lui valut de voir fermer sa librairie. Elle reçut de nombreux soutiens dont celui d'Ernest Hemingway mais son combat contre l'obscurantisme, l'insécurité dans laquelle elle se trouva et la mort de Joyce, ami très cher, en 1941 altérèrent, pendant de longues années, sa santé.

     

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    Sylvia Beach parmi ses livres, dans la partie personnelle de la boutique.

     

    Elle mourut en 1962 et, pour lui rendre hommage, le libraire américain George Whitman (1913-2011) rebaptisa « Shakespeare and Company » la librairie « Le Mistral » qu'il avait ouverte, en 1951, dans la rue de la Bûcherie. Le souvenir de la grande dame qu'était Sylvia Beach perdure donc à deux pas de la cathédrale Notre-Dame.

     

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    Sylvia Beach « croquée » sur l'une des fenêtres de la librairie.

     

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    Elle fut la marraine de la Génération Perdue, un courant littéraire qui désignait des auteurs américains de l'Entre-deux-Guerres expatriés à Paris.

     

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    Nom qui leur fut attribué par la poétesse, écrivaine, féministe, mécène et collectionneuse Gertrude Stein (1874-1946).

     

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    Portrait de Gertrude Stein dans son appartement, avant 1910, avec au mur son portrait peint par Pablo Picasso. Washington, Librairie du Congrès.

     

    Leurs plus illustres représentants étaient Francis Scott Fitzgerald (1896-1940), Ernest Hemingway (1899-1961), John Steinbeck (1902-1968) ou encore John Dos Passos (1896-1970). Cette génération au talent prolifique céda la place à la Beat Generation, un mouvement artistique, émanation de l'esprit bohème, qui vit le jour aux Etats-Unis en 1950.

     

    Le chef de file de cette Génération pleine d'intensité était Jack Kerouac (1922-1969), auteur du roman manifeste Sur la route, paru en 1957.

     

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    Jack Kerouac (crédit photo Tom Palumbo).

     

    Avec Kerouac, William Burroughs (Le festin nu), Allen Ginsberg (Howl) et bien d'autres, la créativité de ce mouvement s'articula autour du mythe des grands espaces, de la spiritualité de la Nature, de la quête de la liberté et de l'exploration de mondes « parallèles », sous l'emprise ou non de substances psychoactives.

     

    Aux racines de la libération sexuelle et du mode de vie décalé, déjanté, pétillant de la jeunesse des années 1960, la Beat Generation s'opposa au racisme, à l’homophobie et fit triompher des idées pacifistes et libertaires qui engendrèrent les mouvements contre la Guerre du Vietnam. Au Centre Pompidou, une très belle exposition vient de lui être consacrée.

     

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    Cet esprit libre et inventif est indissociable de l'histoire de « Shakespeare and Company » où l'on rencontre, devant les vitrines agréablement surannées ou le long des rangées de livres, des tumbleweeds, voyageurs d'un genre un peu particulier.

     

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    Tumbleweeds

     

    Humaniste et communiste au grand coeur, George Whitman, surnommé le « Don Quichotte du Quartier Latin », aimait accueillir des personnes pour une ou plusieurs nuits, en échange de deux heures de travail quotidien dans la librairie, de la lecture d'un livre et de l'écriture de leur biographie en une page. Sa fille, Sylvia Whitman, a repris le flambeau en 2001. Elle poursuit cette tradition et héberge des écrivains de passage.

     

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     Sylvia et Georges Whitman, dans leur appartement situé au-dessus de la librairie. Merveilleuse photo qui décrit la passion pour la lecture d'un papa et de sa petite fille...

     

    Les Whitman n'ont pas de lien de parenté avec Walt Whitman (1819-1892), l'un des maîtres de la poésie américaine du XIXe siècle, auteur d'un sublime recueil appelé Leaves of Grass (Feuilles d'Herbes) et dont le portrait est affiché sur l'un des murs extérieurs de la librairie.

     

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     Fin 2015, le célèbre bookstore a ouvert un café biologique d'où l'on bénéficie d'une vue imprenable sur Notre-Dame. Avec la chaotique année 2016 que j'ai vécu je n'ai pas eu l'occasion de m'y attabler mais je compte bien y faire un tour en 2017...

     

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    Je ne peux que vous encourager, si l'occasion se présente, à pousser les portes de ce lieu fascinant. Pour respecter la tranquillité des lecteurs, on ne peut pas prendre de photos à l'intérieur mais les images de la façade, maintes fois aperçues dans la série fantastique Highlander (dont je vous ai parlé dans mon article sur l'église Saint-Julien le Pauvre) doivent vous donner envie...

     

    En attendant notre prochaine promenade, je pense bien à vous et vous souhaite une excellente fin de semaine. Merci de votre fidélité, gros bisous et couvrez-vous bien !

     

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    Une de mes citations préférées de James Joyce issue d'Ulysse :

     « L'instinct, c'est comme cet oiseau qui mourait de soif et qui a pu boire l'eau de la cruche en jetant des cailloux dedans. »

     

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    Photos prises avec mon téléphone portable, un peu floues mais qui restituent bien l'atmosphère agréable des lieux...

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